> Critiques > Labelisés



Eternelle outsider, artiste culte, Rose McDowall est surtout connue pour la formation Strawberry Switchblade (le duo qu’elle formait avec Jill Bryson au tout début des 80’s). L’écossaise, suite à la séparation du groupe, s’est quelque peu transformée en artiste pop-punk de l’ombre : cofondatrice de l’éphémère Spell (pourtant signé chez Mute) puis du nettement moins acclamé Sorrow, Rose McDowall a surtout marqué quelques esprits fanatiques grâce à ses participations vocales (souvent non créditées) chez Felt (sur la version single de Sunlight Bath The Golden Glow ou sur l’album Me and a Monkey on the Moon). Ce n’était guère hasardeux de croiser Rose divine dans le sillage de Lawrence génie. Voilà, entre autres, ce que suggère aujourd’hui la réédition de Cut With the Cake Knife (LP solo enregistré par la musicienne vers 88 ; la plupart des titres ayant été conçus dans l’optique d’un second disque de Strawberry Switchblade, avant split).

Car Cut With the Cake Knife, quand bien même batifole-t-il parfois dans des eaux forcément post-punk (voire new wave), est un vrai, un grand disque de pop mélancolique. En cette année, Rose McDowall, à l’instar de Lawrence, semblait totalement anachronique, sourde aux tendances et à cette idée d’une musique extatique. Comme dans les plus belles chansons de Felt (autrement-dit : toutes), Rose n’accorde ses propres confessions que sous le joug d’une sonorité jingle-jangle, ligne claire très sournoise, très insidieuse. Ce disque, bizarrement, enchante dès la première écoute ; il donne pourtant envie de partir vomir ses tripes au bout de quelques élucubrations (comme si la meilleure des drogues, après la montée, offrait au consentant un macabre effet miroir). Cut With the Knife ne propose guère un contraste façon The Smiths (la partie rythmique donne du corps aux émois paroliers), ni même une osmose entre pop song absolue et confessions intimes (The Go-Betweens). Comme chez Felt (toujours), Rose McDowall pratique une sorte de complexe chirurgie entre l’aspect attrayant et l’abandon de soi, entre l’évidence mélodique et les mots qui dérapent… Ici, globules rouges et globules blancs ne peuvent se dissocier ; ici, les boyaux sont à l’air libre mais le cerveau jamais ne fut aussi alerte. Aussi terrifiant que fascinant, l’un des grands crus 2015 débarque de l’année 1988.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.