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Les chasseurs de primes étaient quand même de sacrés énergumènes. Il fallait savoir être au bon endroit au bon moment, se recouvrir d’anonymat, se mélanger aux décors tel un lézard en quête de sa proie. Ils devaient avoir la peur comme unique compagne, une compagne dressée et corvéable à merci, sachant elle aussi se faire petite quand le danger pouvait se faire de plus en plus grand.

Placardées sur les murs les têtes d’Andy Balcon et de son compère Dave Crowe auraient pu être des quêtes aiguisant les appétits les plus féroces. Globe trotter, ces deux anglais sont aussi les marchands d’une arme diabolique. Le premier joue de la guitare comme d ‘autre joue du marteau piqueur, sauf que le son qui en ressort est un blues hargneux, lourd, coupant quand il s’accoquine avec un voix qui pourrait s’éteindre devant nous. Le second est un prestidigitateur, human beat box impressionnante, mais qui ne joue pas dans la cours de recréation des démonstrateurs.

Ils sévissent sous le nom de Heymoonshaker, et leur premier gros méfait, pour les bien-pensants, du nom de « Noir » devrait faire descendre le courage des pistoleros de la critique dans leurs bottes aux éperons en plastiques. Car « Noir » est un disque qui est un direct dans le menton, une belle gifle, un disque incandescent auprès duquel nous nous brulons avec le plaisir du chasseur qui aurait perdu le sens du temps et qui verrait son horloge interne lui indiquer que finalement c’est lui qui était mort, mais qu’il était encore au milieu des vivants.

C’est d’ailleurs le sentiment que nous laisse ce disque, être au milieu des morts sur la terre des vivants, chahutés, poursuivis que nous sommes, le cœur dépassant la limite de vitesse légale, une voix d’outre tombe oubliant de susurrer pour nous cracher son venin au creux même de nos oreilles. Le chasseur est alors chassé dans le noir absolu, des ténèbres à l’horizon percé des marques de ces pas lourds et oppressant.

Le blues est ici noir et dangereux, mais comme le feu nous aimerons nous y bruler, allant chercher une chaleur supérieur, quitte à sentir frôler des balles sur le cuir chevelu de nos têtes maintenant prisent dans la nasse. Une chasse à l’homme, plein d’amour noir.




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