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Noyés que nous sommes sous les tonnes de nouveautés, nous en laissons de côté, nous en surcotons d’autres, mais le temps semble avoir une telle emprise sur nous que nous avons décidé de façon tacite avec le diable qui est en train de nous cramer l’arrière train, que le recul ne serait plus collé au verbe avoir. Cela entraine une surchauffe irrémédiable qui fini par faire fondre la banquise de la musique que nous aimons tant, perdant notre temps à ne pas vouloir rater ce que d’autres ne rateront pas, passant au final à côté de tout. Combien de disques depuis 2000 auront eu l’honneur d’écoutes répétées, rendues possible par un burn out ou une grève des postes ?

Chez moi il y aura eu l’album de Wu Lyf, sorte de déflagration dans laquelle une vague idée du situationnisme se faisait rougir les oreilles dans un cri primal. Ce disque donnait une envie farouche de laisser ses crédits, de prendre le maquis et de faire l’amour pour le partage. On y criaient, on reprenaient ses titres qui se consommer comme une feu de joie allumé sur notre société malade, sclérosée et vieille.

Alors si vous avez oublié de mettre le frein à tout cela, rétrogradez, regardez quand même dans le rétro, et garez vous. Là descendez de votre voiture, ne prenez pas peur en voyant cette file continue qui avance à vive allure, il y a encore deux minutes vous étiez avec eux. Là ne vous asseyez pas, remarquez vous pouvez toujours car vous ne resterez pas longtemps dans cette posture, car la musique de Sun Club aura raison de tout. De votre corps, de votre raison, de votre visage anormalement souriant et dépourvu de ses rides de stress qui finissaient par dessiner une portée sur votre front, une portée vierge de notes, passant trop rapidement pour qu’elles puissent s’y accrocher.

Comme Wu Lyf le Sun Club a un sens du rythme bien particulier, vous demandant une concentration, non pas sérieuse, totalement festive comme celle que vous pouvez déployer quand il s’agit de passer un tableau sur un jeu vidéo, histoire d’épater votre progéniture. Comme Wu Lyf le groupe chante à gorge déployée, ayant inventé ce chant crié aussi beau que prenant, libérateur. Ce que Sun Club a en plus, c’est son nom, et ce qu’il implique, le soleil. Car « The Dongo Durango » est le pendant américain des anglais, avec chemises à fleur et exotisme, faisant passer Baltimore pour la ville la plus cool de la côte Ouest des Etats Unis pour les cancres en géographie. Il est d’ailleurs très réducteur de se limiter a cette comparaison, car ici pas de combat, mais un envie de bouffer la vie sans équivalent. Je propose d’ailleurs de faire jouer « Beauty Méat » et « Language Jucie » en boucle dans les rues de nos villes, histoire de donner à la sinistrose une envie de se suicider sous nos vivas les plus communicatifs. Pas un hasard si la pochette représente un enfant à la tête surdimensionnée, comme un géant du Nord, sur un manège mi cheval de bois, mi train aquatique. Le groupe invite à une fête pas plus paganiste que révolutionnaire, une envie juste belle et presque irréelle dans cette époque, de bouffer la vie, de crier le bonheur d’être en vie, en faisant du bruit histoire de réveiller les esprits morts, les rats des petites misères, les écrivaillons au priapisme morbide. Alors prenez le temps, posez vous, enlevez vos corsets sociétales, et écoutez la vie.




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