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L’arrivée d’un nouveau Dionysos n’avait pas de raison de me faire lever de mon fauteuil, quand bien même celui ci ressemble à un œuf ou à une chaise à bascule poussiéreuse d’un folkman usé. Si je suivais le groupe avec intérêt, les dernières productions m’avaient laissé sur ma faim. « Bird N’roll » en particulier, finissant par tuer l’idée même de concept, devant ce groupe de grands qui racontent des histoires pour enfants à l’unique utilisation des adultes. Les livres de Matthias déclinés en disques, les disques de Dionysos déclinés en dessins animés, ou le contraire, l’univers du groupe pourtant balisé (personnage imaginaire, costume et concert sur des chaussures à ressorts) se noyant dans une machine à rêves fantasques.

En 2004 Dionysos faisait la route du rock, comme un adoubement par le milieu « indé » donnant un concert tendu et fou à la fois, sous des trombes d’eau. Il m’était revenu à l’oreille cette phrase que Matthias prononça un soir de concert à Reims dans la crasseuse usine. A cette époque je faisais le tour des salles de concert pour faire signer une pétition contre la fin des Black Sessions de Bernard Lenoir. Matthias dira avec l’appétit d’un enfant adorateur de réglisse devant la bonbonne pleine de tourniquet, « Il ne faut pas qu’elles s’arrêtent, nous rêvons d’en faire une », et à cette époque, celle de « Haïku » le groupe avait le cul entre deux chaises et « Western sous la neige » remplacera les deux chaises par une banquette sur laquelle tout le monde viendra plonger la tête la première, n’en déplaise à Magic, coupable d’une chronique un rien dégueulasse à l’époque.

Depuis, si le groupe avait gagné en visibilité de part la multiplicité des supports, il avait perdu sa coccinelle foutraque (mais pas totalement, qui peut se targuer d’avoir une pochette dessinée par Daniel Johnston ?), s’éloignant de sa spontanéité pour un univers qui enferme. Quand m’arriva ce nouvel album la crainte était grande. Un nouveau personnage semblait tenir le rôle d’une nouvelle histoire, après Giant Jack, Jack, Cloudman voici le vampire de l’amour. Et puis Mathias Malzieu expliqua le pourquoi du comment de ce disque. Lui qui piochait dans son imaginaire, avec parfois un lien personnel (comme la mort de sa maman), avait traverser une période charnière, avec l’épée de « Dame Oclés » au dessus de la tête, une saloperie de maladie de sang. Tout à coup lui qui chantait sur Neige «  allez neige tombe colle avant, éclaire moi dans la nuit noire » devait commencer à penser à tous les objets qu’il pensait insérer dans son « Coffin Song ».

Mais Mathias épaulé par la fine équipe (moins le géant Guillaume Garidel parti vers d’autres aventures) décidément d’exorciser cette année entre espoir et craintes, entre joie et coup de blues, et le blues les Dionysos en connaissent un rayon, aimant à la triturer, quitte à ce que les docteurs es-blues en perdent leur latin. Entre transfusions et greffes, Matthias s’est construit un nouveau personnage, lui qui se « déguisé en pas moi » il y a 15 ans revient « déguisé en moi », dans un nouveau costume, car comme il le chante dans « Vampire en Pyjama », « Dionysos est né deux fois », la proximité de la mort donnant lieu par la magie de la science, à une seconde naissance (qu’est ce que c’est beau de se faire sauver la vie à la tomber de la nuit).

C’est dans le rôle d’un vampire, au premier sens du terme que le marsupilami le plus attachant du rock d’ici revient, plus tranquille, plus apaisé, et c’est avec Verlaine qu’il discute (Chanson d’été), la poésie comme aide, comme décodeur d’un espoir à mettre en place. Dionysos s’est reposé. Ne cherchez pas la chanson qui fera sauter les membres du groupe dans tous le sens. Ecrit dans sa chambre d’hôpital (Hospital Blues, une des claques du disque, morceau poignant et prégnant) il ne pouvait en être autrement, même si Matthias ne pouvait s’empêcher de prendre sa longboard, même sous analgésique (Skateboarding sous morphine). « Vampire en Pyjama » discute beaucoup avec l’ancien Dionysos, le dialogue est même émouvant (« L’heure des Lueurs » est à pleurer), certaines chansons peut être écrites sans connaitre l’issus ( « Goodbye my body, Goodnight my buddies, I hope the ghost will be friendly » sur «  Le Chant du Mauvais Cygne ») de cette course en caisse à savon contre la mort.

Ce qui est fort c’est que tout pourrait s’écrouler sous le poids d’un pathos lourd et encombrant, mais c’est mal connaitre le sourire de Babet et les liens d’un groupe qui alors se tendent, transformant le groupe en un trampoline de vie (Skateboarding sous Morphine) sur lequel Mathias rebondit. Pas totalement autocentré (Devant Libé, un policier me regardait passer), s’appropriant l’hymne d’une génération avec une nonchalance douce et apaisante (I Follow Rivers) nous plongeant même dans un cabaret ivre.

Le « Vampire en Pyjama » passera entre les troues de la bobine d’un film de Murnau (l’inquiétante et prenante « Dame Oclès ») pour nous offrir ce disque aux reliefs étonnants, ceux d’un groupe qui est donc né une seconde fois, le retour du mini Jedi d’un mettre soixante six, dans un western dans la savane du petit lion, se jouant de la mort avec le courage d’un petit enfant au cœur à remonter, avec l’âme d’un « Guerrier de Porcelaine ». Dionysos est né deux fois. C’est beau et joyeux une naissance, même au milieu de la peur. Chapeau.