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Ce qui est fascinant chez Drew Daniel et M.C. Schmidt c’est que leur musique conceptuelle n’a plus à passer le cap de l’étonnement, de l’interrogation égale à celle d’un patron du CAC 40 face à la fiche de paie d’un agent d’entretien, de la crainte de voir arriver la dernière lubie d’un artiste contemporain qui aurait gagné de quoi nourrir sa famille juste en photographiant des miettes du pain en plein milieu d’une dune plombée par le soleil caractérisant d’un coup, la faim dans le monde…bref l’enfumage pour ne pas dire autre chose.

Avec le duo Matmos, nous sommes habitués. Rien d’étonnant d’écouter un disque d’une seule piste de 38 minutes, constituée uniquement des sons issus de leur machine à laver, la Whirlpool Ultimate Care II. Une écoute de ce disque se fait avant tout seul, craignant les gloussements d’un auditoire peu familier à ces expériences sonores. Il y a une écoute en dilettante, comme si le bruit se noyait dans ceux générés dans la maison par l’ensemble de l’électro ménager, ces robots primaires à notre service. La seconde sera méthodologique, quasi scientifique, un microscope à sons pour essayer de trouver l’origine de ces sons, le cycle de lavage, les vêtements lavés, avec ou sans présence de pièces métalliques. Le disque commence par les deux bruits originaux d’un lavage normal, à savoir le choix via la molette du type de lavage et le remplissage d’eau dans le tambour, il se termine par la sonnerie de fin, signalant l’ouverture possible de la porte dans deux minutes. Mais entre ces deux points cardinaux le duo, épaulé qu’il sera par Dan Deacon, Max Eilbacher et Sam Haberman (Horse Lords), Jason Will Ett (Half Japanese) et Duncan Moore (Needle Gun) va entamer un bréviaire hallucinant de ses chimères musicales, une carte ADN du duo, poussant la facétie jusqu’à faire sonner certains sons comme de vrais instruments, car nous ne pouvons pas décemment considérer que la Whirlpool Ultimate Care II en est un.

Une fois l’écoute méthodologique passée, mais d’ailleurs même pendant celle ci, il est bluffant de se laisser porter par ces différents moments (le titre aurait pu être découpé en mouvements) certains appelant même à la danse, à la transe, nous faisant oublier que c’est une machine à laver qui est à l’origine de cela.

Ne comptez pas dés à présent danser devant votre lave vaisselle mis sur un cycle court ou votre sèche linge pour un cycle synthétique, car derrière ces objets du confort moderne se cachent ici des compositeurs capables de donner aux sons quotidiens une fonction artistique sans jamais tomber dans la conceptualisation sans retour. Matmos ou l’art de créer du dialogue.




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