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Depuis que ma fille est en âge d’utiliser le mot méticuleux, je réalise avec elle des petits films en stop motion, des films que nous gardons pour nous, jamais diffusés, comme des petits trésors, comme un journal intime que nous écririons à deux mains. Parfois nous piochons dans notre imaginaire, certaine fois nous reproduisons une scène de nos vies, et quelques fois pour prendre une œuvre cinématographique qui nous a bouleversés, essayant d’en tirer la substantifique moelle, compressant ce film, ce dessin animé en quelques scènes, réduisant quelque chose d’immense en un bricolage, qui une fois visionnée nous procure une émotion toute particulière.

A l’écoute de ce disque de Boyarin j’ai pensé à ces travaux. J’ai imaginé des amis, peut être une famille, essayant de reproduire dans un cadre artisanal et bancal, l’esprit d’une musique que certains appellent grandes (pour mieux la grader pour eux ?) traçant autour d’architectures complexes des raccourcis espiègles, laissant dépasser des morceaux de ficelles qui lient des morceaux entre eux.

Les douze morceaux qui composent cet album sont chacun portés par une forme de liberté que l’on ne retrouve guère que chez des groupes comme Animal Collective, le côté irritant du son en moins. On pense au premier Divine Comedy dans la miniaturisation de pièces classiques (la voix de Nick Grey sur Impossible Corners rajoute à l’effet), à la structuration en escalier labyrinthique de Blonde Redhead. Tout semble fragile, même cette voix comme en alerte, imprégnée d’une forme de crainte que ce château de cartes finisse par rencontrer son ennemi juré le vent. Mais tout tient, et pas qu’à un fil, et la promenade proposée titille celle d’un Bach qui serait revenu via une faille temporelle avec comme guide la fine fleur d’une électronique champêtre.

Il y a dans ce disque de Boyarin la grâce de l’enfance quand celle-ci a ses premiers émois en écoutant une musique, se frottant à elle en essayant de la reproduire avec les moyens du bord, y ajoutant une poésie volontaire ou non, mais surtout une fraicheur régénératrice, comme celle recherchée par les moutons sous ses arbres bloquant les rayons du soleil. Un disque à la méticulosité innée, un disque intime, bouleversant, que l’on aimerait garder pour soi, mais qui appelle au partage. Émouvant paradoxe de la grandeur de celui qui se pensait petit.




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