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On continue dans les mauvaises nouvelles ? Après l’arrêt du Label Pop et de Magic, les Toulonnais El Botcho annoncent leur séparation. Raison évoquée par Alex Telliez-Moreni, leader du groupe : « la séparation de deux de ses membres, en pleine promo de notre second album Jetzt Und Nie ». Rageant… Car en France, El Botcho a (avait ?) valeur d’exception : l’axe Beach Boys / XTC / Kinks y est assimilé jusqu’au déraisonnable, jusqu’à transformer Toulon en sœur voisine de Swindon. Mais avec un aspect indie-rock 90’s qui en modifie l’architecture, qui en personnalise la valeur fédératrice. Difficile, en effet, d’aujourd’hui trouver un équivalent pop à la musique du quatuor – même Blur, avec le sympatoche The Magic Whip, n’arrivait pas à la cheville des compos d’Alex. Bien sûr, le label Toolong Records continuera d’enchanter nos écoutes (entre Boreal Wood, Twin Apple et le récent Dan Druf, y a de quoi faire) ; bien sûr, on imagine qu’Alex rebondira sur un nouveau projet (un tel talent ne mérite pas la retraite anticipée) ; n’empêche qu’El Botcho était notre groupe français préféré depuis 2012.

Avec le recul, on comprend mieux le single « Let’s Pretend You’re (Just) My Friend » (qui conclue le troisième et ultime album du groupe, s’affirmant donc comme le dernier morceau d’El Botcho). Chanson d’au revoir, de remerciements, d’amitiés platoniques, de déceptions peut-être... Les six autres morceaux de « Three Is a Tragic Number » (un titre qui fait malheureusement sens) ne donnent pourtant jamais l’impression d’une tension interne. Au contraire : conscients de travailler pour la dernière fois ensemble, Alex, Pandora, Boris et Sébastien cherchent à parfaitement boucler leur trilogie (après In the Wrong Place at the Right Time et Jetzt Und Nie). Les ingrédients miracles d’El Botcho confèrent, encore et toujours, du baume au cœur : « Sadly (Here Come the Hard Times) » ressemble à un inédit des La’s, « Madeline » est aussi pur et chaleureux que le meilleur de R.E.M, « Wendy » déploie les plus belles arpèges de l’année…

Est-ce l’annonce du split qui détermina notre perception de l’album ? Car une mélancolie plus limpide qu’à l’accoutumée, des sanglots joyeux confèrent à Three Is a Tragic Number une tristesse enfouie, un vacillement qui fragilise le corps des chansons. El Botcho dévoile ici des pop songs ensoleillées mais qui se savent condamnées, des éclaircies avant l’apparition du ciel ombrageux.

En cette époque pas vraiment optimiste, El Botcho va cruellement nous manquer. Car les Toulonnais tutoyaient l’auditeur, lui disaient des mots réconfortants, l’apaisaient et lui faisaient oublier le bordel sociétal dans lequel chacun patauge… Merci, les gars ! Merci pour vos trois albums (et EP) ! Merci d’exister ad vitam aeternam dans nos vies !