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Changement d’ambiance au Tinals ce jour. Stupeur : on a égorgé les flamants, dansé autour de fleurs de lumière avec nos couronnes pour célébrer la transe de ce 3e jour à la programmation endiablée ! … Bref. En bons fans de musique tendue et bruyante, nous attendions avec une certaine impatience cette dernière journée, où nous avions déjà compris qu’il faudrait ruser pour réussir à voir tous les concerts cochés sur notre programme et - pour nous - incontournables.

Direction le club pour découvrir le quatuor féminin Nots : la batteuse survoltée secoue ses cheveux en martelant tom et caisse claire sans discontinuer, la guitariste-chanteuse ne chante pas, mais crie sans que ça nous prenne réellement aux tripes. La bassiste et la claviériste sont plus en retrait mais apportent leur touche à ce garage punk. Malgré l’énergie déployée, le tout nous paraît très linéaire et répétitif, peut-être encore un peu jeune…

On se prépare pour l’un des concerts très attendus (bon, en fait, à partir de maintenant, ils le sont tous) en s’installant au premier rang de la grande scène Flamingo pour Metz. Et dès les premières notes, le public devient fou, sautant, bougeant, dansant dans une frénésie communicative, accompagnant physiquement le trio qui développe une énergie aussi intense que ce qu’on espérait. Sans vouloir faire de comparaison (elle s’arrêtera d’ailleurs là), le bassiste est grand et bouge dans tous les sens tel un Krist Novoselic en son temps. Pour le reste, la musique délivrée par le groupe bien que moins mélodique joue aussi sur la corde de la tension poussée à son paroxysme. Les titres s’enchaînent, on reconnaît notamment "The swimmer", "Acetate" et "Spit you out" qui déclenchent des vagues de slam dans le public. Ça titille, ça remue, ça ne laisse pas de marbre ! À noter que le concert est visible jusqu’au 5/09/16 sur Culture Box (http://culturebox.francetvinfo.fr/this-is-not-a-love-song/metz-a-this-is-not-a-love-song-240091)

On enchaîne rapidement dans la grande salle avec Drive Like Jehu qui vient de commencer son set. Groupe emo/post-hardcore culte du début des années 90, le quatuor nous ressort pour l’occasion le meilleur de ses 2 albums devant un public de (vieux ?) connaisseurs. Il faut avouer que même s’ils enchaînent moins vite que Metz, leur musique n’a rien perdu de son intensité : à partir de "Do you compute", le set devient juste imparable, énorme, et les frissons nous parcourent l’échine durant le fantastique "Luau", quand après la répétition intense du riff principal, le changement de tonalité libère les endorphines dans une folle frénésie. Lessivés, mais heureux.

On essaie ensuite de se frayer un chemin vers l’entrée du club déjà bondé pour accueillir Unsane. Après quelques minutes d’attente, nous parvenons à entrer dans la salle, et sommes saisis par le mur de son développé par le trio. On n’est pas là pour rigoler, c’est quand même du hardcore, mais pas n’importe lequel, un hardcore lourd, monolithique, primal, leur marque de fabrique. Ce groupe est parfait pour catalyser les frustrations de chacun et les laisser exploser durant le concert jusqu’à en ressortir vidé et apaisé. Rhaaaaaaaa bordel que c’est bon !!!!

Pas de pause pour nos oreilles malmenées, mais qui en redemandent, on se rue à l’extérieur vers la scène Mosquito où se produisent Girl Band, que nous avions eu la joie de découvrir sur scène l’été dernier à St Malo (http://adecouvrirabsolument.com/spip.php?article6263). Réputés pour avoir annulé plusieurs dates ces derniers mois, on s’était demandé si on aurait l’occasion de les revoir.

Ils sont jeunes, ils sont beaux, mais nous donnent l’impression d’une infinie tristesse à leur arrivée sur scène. On ne vous fera pas l’affront de décrire l’indescriptible, mais pour ceux qui ne connaîtraient pas leur noise atonale et bruitiste, jetez une oreille et un œil sur la vidéo barrée du titre Paul (https://www.youtube.com/watch?v=D4SmyqO5DUU). Le chanteur éructe dans son micro auquel il s’accroche dans un mouvement de balancier, le bassiste joue avec une bouteille de bière en guise de slide, fait un concours de pédales aux sons distordus avec le guitariste, tandis que le batteur, imperturbable, cheville les morceaux par ses rythmes saccadés. Dans le public ça s’agite, ça bouge, les bières se renversent, on se bouscule, on crie… soudain, un fan monte sur scène, embrasse le bassiste sur la joue en plein morceau ! Love is in the air. C’est l’effet Tinals, car même avec une musique acérée, l’humeur reste joyeuse.

Comme une accalmie au milieu d’un tourbillon rythmique, Helen Money seule avec son violoncelle, ses effets et ses boucles impose son style à fleur de peau, entre noise expé et ambiant. À noter qu’elle ouvre régulièrement pour Shellac qui l’emmène avec eux dans leurs tournées européennes. La grande salle qui se remplit peu à peu dans l’attente de Shellac est réceptive à sa forte présence.

Pour qui n’a jamais vu Shellac en concert, il faut se représenter leur dispositif scénique inédit : tous 3 alignés sur scène, le batteur au centre, un seul retour central derrière eux sur la même ligne que les amplis. Doit-on vraiment présenter le guitariste, un certain Steve Albini, vaguement connu pour avoir enregistré PJ Harvey, Nirvana, Shannon Wright… ? Doit-on aussi préciser que le bassiste Bob Weston n’est pas non plus manchot derrière une console son ? Bref, tout ça pour dire que leur son très particulier et très maîtrisé est leur marque de fabrique : une guitare tranchante, une basse nerveuse et métallique, une batterie sèche qui martèle son rythme jusqu’au fond du crâne. Durant le concert, on saute de joie à l’écoute de "My black ass" et "Dog and pony show" extraits du 1er album, on se laisse embobiner par Steve le prêcheur fou durant un "The end of radio" de plus de 15 minutes, on plane avec Steve et Bob durant "Windwalker", on bouge à gauche, à droite, en avant, en arrière avec Bob sur "Riding Bikes", on devient les défenseurs des plaisirs contre l’ordre de plus en plus répressif sur "Defenders of fun"… Ça vous prend aux tripes pour le plus grand bonheur d’une pleine salle de fous furieux bondissants, hochants de la tête, slamants (roses ?)… On sent qu’ils prennent énormément de plaisir à clore le festival et font durer leur set bien au-delà du temps prévu : ils font leur show jusqu’au dernier morceau à la fin duquel Bob et Steve se précipitent sur la batterie de Todd pour la démonter pièce par pièce dans une chorégraphie chaotique et frénétique alors qu’il joue encore. Quoi de plus jouissif que de terminer par un tel déferlement de bon son, et de bonnes vibrations !

Mais alors, c’est vraiment fini ? Terminé ? Quoi ? Pas de concerts demain ? On avait pourtant trouvé notre rythme de croisière et pris nos habitudes sur ce festival attachant qui nous a vite conquis. La précision du son sur toutes les scènes, le décor printanier, les food trucks de bonne qualité (du moins ceux qu’on a testés), les ateliers surprenants et décalés, les lieux de détente pour se relaxer entre 2 concerts sous l’œil bienveillant des flamants, tout était prévu pour qu’on se sente comme chez nous.

Histoire de pinailler, quelques points pourraient cependant être améliorés : la difficulté d’assister à certains concerts dans les salles trop petites de Paloma (surtout le club), les navettes bus pas assez fréquentes en fin de soirée, voire les attentes dans les différentes files, mais là, c’est le lot de tout festival…

Cette 4e édition qui a réuni 15000 spectateurs sur les 3 jours dans une ambiance très cool semble avoir atteint une taille idéale pour une programmation variée et de qualité, qui ne mise pas tout sur de grosses têtes d’affiches que l’on voit partout ailleurs mais fait aussi un vrai travail de découverte, en adéquation avec une forte identité DIY et décontractée que l’on ressent fortement sur le site. On sent le plaisir qu’ont dû avoir les programmateurs à composer une affiche aussi alléchante et on espère qu’ils garderont ce cap pour les éditions suivantes. We’ll be back !

Retrouvez le reportage photographique complet ici :

https://www.flickr.com/photos/infinir/albums/72157667224324304




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