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Nos deux mécanolaborantins ont pas mal de points communs. Une chevelure abondante, l’une attirée par le sol, l’autre par le ciel. Un bleu de travail qui n’est pas sans nous rappeler celui d’un Steve Albini alors au sommet de sa gloire post Nirvana. Une main (gauche pour elle droite pour lui) posée sur un bidule filaire comme pour sentir des vibrations ou tout simplement pour rendre encore plus cette pochette symétrique. Le dernier point commun, mais celui-ci ne se voit pas, c’est une rencontre en Afrique. Lui y étudiait la musique traditionnelle d’Afrique de l’Ouest, elle participait à une tournée en Éthiopie pour la tournée Damon Albarn’s Africa Express.

Ils se retrouveront alors autour de la musique traditionnelle pygmée, s’inspirant des gammes de celle-ci pour ce nouvel album. Là où la démarche est étonnante, c’est qu’elle est aux antipodes de ce que pouvaient faire des gens comme Peter Gabriel ou Paul Simon qui eux s’approprièrent totalement des compositions, ayant une démarche quasi identique à une certaine variété Française qui se payait des résidences secondaires en reprenant des chansons anglo-saxonnes en français, l’énorme talent en plus pour les deux, et la démarche politique pour Paul Simon.

Chez Joan et Benjamin, tout est dans la science du dosage, de l’incorporation d’un ingrédient dans leur propre musique, avec doigté. L’ancienne compagne de Jeff Buckley et Benjamin que nous avons pu croiser entre autres chez Okkervill River, décortiquèrent leur pop pour y injecter de fines lamelles de musique africaine (ici un rythme, là une guitare), refermant le tout sans que la moindre trace de l’intervention apparaisse. Et c’est là où une erreur saute aux yeux. Pourquoi un bleu de travail, certes immaculé, tant ce vêtement est l’apparat des travaux pénibles et salissants, alors que nos deux musiciens semblent plus travailler en blouse blanche, voir dans le costume de l’horloger suisse avec lampe frontale et fines pinces dans les mains. Les dix morceaux sont autant de merveilles de précision, d’écriture et d’interprétation (Joan y chante comme jamais), autour desquels nous ne cesserons de tourner autour, tel un « Satellite » amouraché par la beauté de la planète bleue autour de laquelle il tourne (« Violent Dave » comme un des chansons de l’année).

Joan & Benjamin, comme une évidence artistique, une liaison aventureuse, un hommage studieux et ambitieux à notre berceau, un grand disque pop chaud et lumineux, un disque du monde, dans le monde. Bluffant.




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