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Emmanuel Boeuf est l’un des musiciens français parmi les plus intègres qui soient. Loin du commérage artistique, loin de la hargne commerciale, il poursuit sa route avec discrétion mais refus du surplace. Car Emmanuel, comme d’autres, n’enregistre jamais pour se faire mousser : il y a chez lui un besoin, une pure passion qui l’oblige à la modestie. Et en effet : de nos jours, pouvoir enregistrer et sortir des albums en toute liberté, voilà le principal (le fric ? Emmanuel sait bien que pour un musicien, l’enjeu consiste à réinvestir, à donner des concerts pour financer le disque suivant).

Du coup, cet espace d’autonomie permet à Emmanuel de varier les registres – semble-t-il selon les humeurs. Cependant, qu’il navigue en groupe (les sublimes Sons of Frida) ou sur un mode français (Dernière Transmission, rare exemple contemporain d’un musicien sachant parfaitement écrire des paroles à la fois intimes mais mystérieuses, limpides mais pas trop), c’est toujours à une forme de recherches (sonores, linguistiques) que nous convie Emmanuel Boeuf.

Emboe, lui, représente la facette électronique de l’artiste. Aléa se déclinera en cinq parties : quatre EP’s numériques (qui sortiront à chaque fin de mois) puis l’intégrale (avec des inédits) pour février prochain.

Aléa - Part 1, même s’il sera intéressant d’écouter le geste global, est une introduction assez agrippeuse. Dark mais métronomique, cette musique se déroule telle une machine aux contours imperturbables. Et pourtant, le longiligne permet à Emboe de placer des nuances, des perturbations. Rien d’hermétique, au contraire : le socle rassure, pendant que les idées sonores (qui gravitent au-dessus de la base) parlent aux cœurs. Qu’il fasse du rock, du spoken word ou bien de l’électronique, Emmanuel Boeuf ne dévie guère de son éthique : le bonheur de la musique avant tout. C’est admirable.