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Ouf ! Voici enfin le disque défouloir que nous espérions depuis janvier. Qu’est-ce à dire ? Tout simplement : des morceaux qui ne refusent jamais le poids de la tradition, mais qui possèdent une énergie tellement galvanisante que la question de l’héritage ne se pose même plus. Car les Allemands de SPARKLING ont beau sévir dans un post-punk tendu, crispé, implosif, les quatre titres de cet EP obligent à battre la mesure, à se dandiner en solitaire, à pousser le volume jusqu’à l’indécence.

Indiscipliné et réfractaire à la glorification des mausolées, le punk selon SPARKLING n’à que faire des étiquettes. Pour tout dire, on pense moins aux Damned qu’à Mike Skinner de The Streets. Cela tient à un flow qui refuse de choisir entre spoken word, phrasé hip hop, déflagration et litanie. Les mots s’enchaînent comme dans un puits sans fond, pendant que l’assise rythmique se situe continuellement au bord du précipice, jusqu’à ce moment où la rigueur des accords pourrait se briser net puis virer à l’indescriptible chaos. Musique de possédés, qui n’a rien à perdre mais tout à gagner à trop se situer sur une corde raide. Musique combative (contre le confort bourgeois de l’actuel rock), qui prend des risques, qui fait de son insolence une arme de pointe. Très certainement le meilleur EP entendu depuis le début de l’année.

Jean Thooris

Mais c’est quoi cette putain de tuerie !? Oui, je sais, ce n’est pas très correct, et franchement il y a mieux comme début de chronique. Mais sachez-le : je n’ai pas de fonction parlementaire et je ne peux de ce fait embaucher ma fille de 7 ans qui, elle, s’est exclamée « Waouh ça c’est du rock » en écoutant les 4 titres de SPARKLING.

Ces trois jeunes au look parfait nous arrivent non pas d’un quartier de Londres ou de Manchester, mais d’Allemagne. EP quatre titres, et quatre manières de vouloir sortir le son de son casque pour le proposer à des passants ne comprenant certainement pas la gesticulation, les sauts de cabris ou bien l’exaspération des voyageurs d’un TER face aux tapages de talon sur un sol qui ne demandait juste d’être piétiné.

Il y a cent fois plus de rock dans le roulement des R du chanteur (à 2,09 mn de “Something Like You”) que dans une grande masse de la scène actuelle. Portées par une énergie post-punk sans une once de maniérisme, les chansons bavardes sont tout autant éructées que scandées à la face du monde comme on le ferait à la face d’un militant des Républicains si nous arborerions une tunique recouverte de badges à l’effigie de Philippe Poutou. C’est dansant, c’est une dose d’énergie qui pourrait trouver des connexions dans le Swinging London qui démonterait les statues des commandeurs de la pop avec comme aide de camp le trampoline de l’Asian Dub Foundation (“Is This Our Generation”).

Pas totalement adaptée à un public qui trouverait son confort dans des chaussures Méphisto, la musique de SPARKLING fulminerait en haut d’une salle de concert dans laquelle les murs transpireraient et où les anciens rédacteurs du NME papier reprendraient du service pour encenser ce qui ressemble à bien plus qu’une simple hype. Putain de tuerie.

Gerald de Oliveira




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