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  • 14 janvier 2019 /
    Binidu
    “Nouvel Ancient” (Kythibong)

    rédigé par Piotr
    3 votes
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Kythibong est une grande famille, et on ne compte plus les groupes incestueux nés de croisements a priori contre nature. Binidu fait partie de ceux-là. Sur le papier, associer Vincent Dupas (My Name Is Nobody mais aussi Le Feu, Fordamage...) à Jérôme Vassereau (Pneu, Francky Goes To Pointe À Pitre, La Colonie De Vacances...) et Jean-Baptiste Geoffroy (Pneu, Papaye, La Colonie De Vacances...) pouvait laisser perplexe. Mais le premier essai, Yes ! était aussi réussi qu’encourageant. Plus qu’un side project, plus qu’un simple compromis entre les deux univers, Binidu se présentait comme une formation à l’originalité propre. Ce deuxième album en est la confirmation.

Avec "Nouvel Ancient", le trio nous embarque pour un voyage sinueux et torturé, eux seuls savent où le courant nous mène et ce périple ne sera pas que plaisance sur un lac placide. Le crépuscule inquiétant laisse présager une nuit agitée. Le jour diminue d’autant plus vite que de sombres nuages menaçants se profilent à l’horizon. Savourons un ultime rayon de soleil, le calme avant la tempête. L’orage éclate soudain, accompagné d’une violente averse. Les éclairs déchirent la pénombre partout autour de nous, le tonnerre est assourdissant.

Heureusement, l’aurore arrive bientôt avec son soleil radieux. Profitons de cette éclaircie généreuse pour avancer car l’accalmie sera de courte durée. Déjà le courant s’accélère. Tout effort pour lutter est vain, nous voilà dans les rapides, secoués de toute part. Le frêle esquif se fracasse contre les rochers. Rassemblons nos forces, il va nous falloir continuer la route, traverser un désert hostile, lutter contre un vent glacial.

Au fur et à mesure que nous progressons, l’environnement se fait plus accueillant, sentiment conforté par l’augmentation sensible de la température. La végétation se fait de plus en plus dense, et lorsque la nuit tombe, nous sommes complètement perdus au milieu d’une nature luxuriante. Nos guides se veulent rassurants mais des sons étranges et angoissants proviennent de l’obscurité. Les bruissements de créatures inamicales qui nous encerclent, puis le grognement lointain d’une énorme bête. À moins que ce ne soit les réminiscences de l’orage.

À l’aube, les craintes irrationnelles s’évaporent en même temps que l’obscurité, mais l’omniprésence de l’humidité plombe l’air ambiant et le rend de plus en plus irrespirable. Jusqu’à l’arrivée de l’averse tropicale, rassurante et salvatrice. Nous sommes arrivés à destination.

Annihilant toute velléité de cloisonnement, les ambiances musicales s’entrechoquent au gré du voyage. Minimalisme répétitif et hypnotique, rage bruyante et sonique, nappes expérimentales et planantes, le paysage musical de Binidu ne souffre aucune limite, si ce n’est l’humeur et l’énergie de ses créateurs. Et de ce décor musical se détache la voix de Vincent Dupas, tour à tour plaintive, exaltée, envoûtante, possédée, incantatoire... parfois fragile. Elle s’éloigne encore de ses sentiers battus, se risque dans de nouvelles contrées moins confortables. Ses acolytes quant à eux prouvent aux sceptiques qui en doutaient encore qu’ils ont d’autres ressources que la fulgurance de Pneu, qu’ils savent aussi se faire doux et subtils, contenus et ordonnés.

Avec Nouvel Ancient, Binidu signe un disque ambitieux, exigeant, personnel et abouti, potentialisé par un travail de studio impeccable et objectivement minutieux.




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