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  • 5 janvier 2020 /
    Bilan 2019
    “de la rédaction”

    rédigé par ADA
    6 votes
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Le voici, le voilà, le bilan 2019 de la rédaction d’ADA. Pas un chiffre rond (qu’est-ce qui tourne rond ?) mais une synthèse des disques qui se seront imposés pour nous au fil d’une année où la collapsologie gagne du terrain, mais qui pourrait le condamner, car comme le disait Del Cielo il y a 10 ans, tout s’effondre, et pas que l’amour. Heureux de voir une ancienne pensionnaire de nos compilations en tête de notre bilan et une ancienne bassiste d’un groupe adoré sur la marche du dessous. Heureux de voir des labels comme Petrol Chips et l’église de la petite folie nous offrir toujours et encore le droit de croire en un avenir....musical. 18 disques, 18 propositions, 18 façons d’aborder le monde, celui du dehors, celui intérieur, celui des autres en espérant jouer encore longtemps tous ensemble. A découvrir Absolument.

La Féline. « Vie future »

Il y a un symptôme qui évidence le pouvoir de la féline alias Agnès Gayraud, c’est que plus que s’impatienter d’elle, on trépigne rapidement de n’avoir rien de neuf à se mettre sous la dent de cette demoiselle. Agnès a le don d’être là où il faut au moment idéal pour que fleurissent nos feuilles, comme une saison au jour même de l’équinoxe, là, mais toujours décalée, toujours en avance sur le lendemain, toujours en marge de ce qui se doit d’être, a côté de la plaque avec bonheur (et sagesse, et intelligence, et art) une rebelle a sa manière dans cet univers de la musique. Le thème est toujours nouveau, puisqu’intime, inabordé de telle manière, et abordé de si belle manière, sans caresser dans le sens des poils, comme un piaf pris en plein vol, comme une balle perdue, encore une fois, elle nous provoque l’impatience du prochain pas

Kim Gordon « No Home Record »

Nous mersurions de plus en plus le manque causé par la perte de Sonic Youth, le vide laissé par cette séparation, les projets solos de comblant jamais celui ci. C’est chez la daronne du groupe, Madame Kim Gordon que nous trouverons enfin de quoi nous rassasier. Kim Gordon signe un disque à la fraicheur incroyable, un véritable coup de talon aiguille sur la face écrasée au sol des suiveurs soniciens. Quand une statue de la musique que nous aimons érige un monument.

Nick Cave & the Bad seeds « Ghosteen »

Album du deuil, celui d’un père pour son fils disparu, Ghosteen prolonge la douloureuse introspection de Skeleton tree dans une forme plus épurée encore. Le fantôme de la jeunesse ne cesse de hanter la poésie de Nick Cave qui parle à la fois en son nom, au nom du couple, au nom du fils, mais aussi au nom de la communauté toute entière. Musicalement, Cave et Ellis signent un album d’une immanence totale. Tout est puisé à la source de leurs émotions respectives, dans un étirement du temps à la fois luxuriant dans la forme et austère dans le fond. Un paradis perdu, un peu à l’image de la pochette, où le règne animal et végétal, dans leur parfait équilibre, nous procure un sentiment d’éternité.

Bruit Noir « II/III »

Rien que pour Le succès, cet album se doit d’être écouté. Paris, aussi, pour se faire un avis sur la polémique. Et tous les autres. Bruit Noir, c’est brut, c’est provocateur, mais avec une bonne dose d’ironie et d’auto-dérision.

Garden With Lips « Pelissandre »

Avec Pelissandre, judicieusement épaulé de Centredumonde aux guitares et de Gisèle Pape au chant, Garden With Lips signe un album homogène, abouti et mature. Avec sa boîte à rythme minimaliste, sa voix de baryton (entre un Jean-Louis Murat en moins précieux et un Gérard Manset en moins fragile), sa poésie délicate et pudique, et ses lignes de guitare dont les racines seraient plus à chercher du côté de Neil Young, Gildas s’est bâti un univers propre qui lui fait miroiter un rôle primordial dans le renouveau perpétuel de la chanson francophone, aux côté de ses compagnons d’arme Centredumonde et Arnaud Le Gouëfflec avec qui il partage le même label. Et tant d’autres choses d’ailleurs.

Baptiste W. Hamon « Soleil, Soleil Bleu »

Au cœur du disque, l’enchainement de J’aimerais tant que tu reviennes et de Comme on est bien, laissent s’épancher une mélancolie infinie, portée par des cœurs et des arrangements sublimes, s’imposant au panthéon des morceaux vers lesquels nous nous précipiterons encore longtemps pour, (comme nous le conseillait Christophe Honoré dans Dans Paris en 2006), prendre soin de notre tristesse et accueillir nos jours de chiale :

(…) Juste elle pleurait, comme un Boudha, une divinité du genre. Et c’est impossible pour les autres d’admettre qu’on puisse pleurer de cette manière là, avec ce sourire (…).

Car c’est cela peut-être, cet équilibre insensé d’émotions qui se distillent en nous au fil des écoutes de Soleil, Soleil Bleu qui fait que, celui-ci fait, fera, surement pour les années à venir, un peu partie de nous.

Big thief « U.F.O.F. »

Un opus qui nous confirme l’importance de ce groupe hyperactif dans le paysage musical indépendant. Ils ont déjà publié 4 albums en 3 ans, dont 2 rien que cette année, sans parler des projets solos de Adrianne Lenker et de Buck Meek. La force de cet album tient dans son irrésistible ascension émotionnelle, cette lente progression viscérale entre solitude et amitiés du troisième type où la songwriter et chanteuse de Big Thief se livre à fleur de peau pour nous offrir une douzaine de chansons aussi introspectives qu’inquiétantes.

Centredumonde « Tigre, avec états d’âme »

Eh oui, sans doute à la surprise de son créateur, « Tigre, avec états d’âme », recèle plusieurs « tubes » en puissance (Aussi lent que le Mexique, On ne vieillira pas ensemble, A tes yeux endormis). Alors bien sûr pas pour postuler à la chanson d’été sponsorisée par une marque de soda mais plutôt pour celles et ceux qui ont pris en pleine poire la déferlante poétique d’un Bashung et qui aiment se trémousser sur une piste de danse en fermant les yeux cherchant une certaine transe afin d’oublier sa vie monotone et indigente.

Pour tout cela je dis merci à Centredumonde de faire qu’une certaine idée de la « chanson française » ne soit pas encore morte.

FKA Twigs « Magdalene »

A 5 ans d’intervalle, FKA Twigs nous a délivré deux intenses autoportraits portant chacun les stigmates d’une vie douloureuse où la féminité est au premier plan. Ici, Twigs prend la figure de Marie-Madeleine pour nous raconter tout ce que le corps et l’âme d’une jeune femme hors du commun peuvent ressentir dans un monde où les prophètes que l’histoire retient sont le plus souvent des hommes. Une production à la fois mainstream et exigeante, parfois religieusement dépouillée, portée par un casting de production assez vertigineux avec des noms comme Nicolás Jaar, Skrillex, Michael Uzowuru ou Daniel Lopatin.

Gontard “2029”

En somme, Gontard et son gang n’ont plus besoin de rien pour faire valoir leur excellence. Ce troisième disque n’est finalement là que pour enfoncer le clou. Du moins pour nous. Et bientôt pour vous aussi. Plongez dans l’introductif Dans Ma Ville, dans Hôpital Tue ou encore Prolétaires (jouissif pamphlet social maquillé en love song..ou l’inverse, c’est selon ), qui en quelques phrases, quelques beats rêches font un constat sociologique autrement plus sensé que bon nombre de billets de pseudo-consultants indignés. Une seule écoute vous suffira pour comprendre que c’est par ce bonhomme des bords d’Isère, ce Monsieur, que l’avenir de la chanson française passera ! Voilà c’est dit !

Jérôme Minière « Une Clairière »

De la Forêt Numérique de 2018 à la Clairière de 2019, où nous emmènera Jérôme Minière en 2020 ?

Kompromat « Traum und Existenz »

Une moité de Mansfield.TYA, Julia Lanoë, associé à Pascal Arbez-Nicolas plus connu sous le nom de Vitalic qui retrouve par des voies détournées Adèle Haenel sur un titre bouleversant. Imparable.

Les Blousons « Biknits »

Sept titres (n’oublions pas le dionysaque « Chabada » idéal pour secouer le berceau de bébé quand il ne veut pas s’endormir après le biberon et que nous nous remettons à allé rechercher du ciment sous les plaines), sept pierres d’un édifice construit sans aucune norme sismique, avec l’envie d’entrer dans la matrice de ce que l’on appelait naguère LE ROCK’n ROLL. Drogue puissante.

Matthieu Malon « Le pas de côté »

De côté, oui, mais toujours aussi réussi. Et doublé gagnant avec le tout récent Skin Is The Limit avec le projet Breaking The Wave. Chapeau bas. Un zest d’électro en 2020 ?

Poupard « Nous avons joué tous les deux"

Poupard ne rigole pas. Le duo par contre joue de la séduction de façon évidente et mordante, ne se cachant pas quand on l’attend pour mieux nous prendre par surprise, et c’est toute la beauté de ce disque monumental dans tout ce qu’il porte en lui. En vingt-cinq minutes il nous terrasse, inquiétant nos possibles contradictions, dérangeant nos à priori probables, nous subjuguant par sa radicalité.

Il est impossible de passer à côté de Poupard, il est la clé de notre propre enfermement, une violence pour nos certitudes, une boule de bowling dans nos incertitudes en miettes, il est le disque que nous n’aurions jamais dû écouter pour notre tranquillité, mais il est apparu, et l’inquiétude qu’il nous procure est comparable à une poésie guerrière mais libératrice. Attention à ce que vous allez écouter et entendre, c’est un trés grand et beau disque malade.

Shannon Wright « Providence »

Providence, une évidence dans le bilan de 2019. Evidence devant la beauté infinie de ces 7 compositions au piano, la sensibilité à vif des textes et l’émotion procurée à l’écoute de ces 33 minutes. Emotion décuplée par la présence cette fois, de Shannon Wright derrière sa frange, avec son seul piano ou farouchement accrochée à sa guitare sur scène au Trianon il y a quelques semaines.

Sharon Van Etten « Remind me tomorrow »

Somptueux et poussiéreux a souhait, plus direct qu’un dard de Myke Tyson, la musique de Sharon, certes plus Springsteen que Dylan, atteint enfin l’objectif de ses fanatiques, ce climax de disque rond, compact, clos et indestructible, capable de toucher la fibre sensible du vieux rockeur et de donner la chair de poule au puéril hipster, un de ces disques fantastiques où il est impossible d’omettre un seul titre, sinon, ça cloche, ça boite. Cette Sharon là a cessé d’être celle d’un sud ou d’un nord, elle a trouvé sa place exacte, partout, l’universalité est un talent qu’elle a acquis, souvent cruellement, mais une fois appris, comme la bicyclette, ça ne s’oublie plus. C’est de loin le disque que j’ai le plus écouté cette année, simplement parce qu’il plaisait a tous ceux qui vivent sous mon toit, et cela est un exploit.

L’envoûtante « st »

Du duo batterie-synthé / voix, on ne sait pas grand chose, à part qu’il n’a rien d’urbain, comme l’étiquette qu’on tente vainement de coller sur un style de musique finalement impossible à situer. Il est en revanche clairement en périphérie, en marge, à préférer les sentiers non balisés aux autoroutes de la pensée pré-mâchée. Cet album en est le manifeste. Un manifeste pour ne pas penser en rond, pour une simplicité volontaire et assumée, pour ne pas perdre le contact avec la terre, pour remettre l’humain au cœur de la société, pour ne pas rester passif face à son évolution délétère mais prendre part, s’impliquer, contrecarrer, s’évader, autant que possible, avec des actes, et des mots, des images, des émotions.

De sa position décalée, dans le maquis, L’envoûtante prend le recul nécessaire pour nous remuer, pour se questionner aussi.

C’est un album qui ouvre la fenêtre Dégage les bronches Qui fout des coups de latte Dans la tronche.

Et on en redemande.




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