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Les thugs - inventaire - 1986/1999  
 


Le temps passe, et ce n’est pas ce retour en arrière qui me fera penser le contraire. En 1986 alors le duvet de mes joues laissé progressivement la place à du poil encore éparse, les thugs arrivaient avec une radicalité que nous ne pouvions deviner dans un pays pleurant les prémices de la fin de téléphone et surtout plongeant dans un marasme économique que même la glorification de Platini ne parviendra pas à éteindre (on sait ce qui se passera 13 ans plus tard).

Les thugs nous donnaient enfin des raisons d’espérer quand au mois de juin nous échangions avec notre correspondant anglais la musique de notre pays, lui faisant injure de ne pas connaître wham en lui chantant love will tear us appart. Pour présenter les Thugs je découpais la devise olympique plus vite plus haut plus fort. Dans le domaine de la rapidité les thugs étaient hors concours, cachant une ligne mélodique parfaite derrière un mur de son laissant à penser a posteriori qu’en prenant une direction différente, loveless aurait pu être accouché à Angers. Radical dans ses postures, le groupe va gravir les marches de la légitimité sans concession, mais aussi sans faux snobisme. Affranchi de l’image, excepté pour les pochettes qui restent parmi les plus belles que je connaisse, les thugs parvenaient à nous foutre la frousse face à un batteur en quasi-freaks chantant comme si la mort lui tapait sur l’épaule. Préférant encore se produite à nulle part ailleurs que de faire savoir qu’ils ne voulaient pas y aller (suivez mon regard) les thugs prirent le parti prix du dialogue (sociale ?) dans une posture citoyenne réaliste et frontale plutôt que poético stérile.

Ouvertement impliqué dés ses débuts, le groupe se construira des barricades, connaissant sur le bout des cordes des guitares la façon de tout dynamiter. L’écho, on le pensait à l’époque, serait celui du velvet underground, et les thugs devenant les icônes dans un passé que nous espérions rapide d’une génération qui comprendrait que la musique est avant tout la toile et que tout le monde autour ne sert que de cadre. Vingt ans après aucun groupe en France n’aura eu cette légitimité et cette justesse dans le discours, parlant mieux d’une fracture en songeant aux lendemains qui chantent.

Je vous souviens avoir pleuré en écoutant le dernier morceau du dernier album du groupe, sachant que ce serait la dernière, mais aussi car ce groupe qui se cachait derrière une furie sonore, devint nu l’espace de trente-secondes, énumérant des titres de leurs morceaux tout en évitant une théâtralité nauséabonde pourtant de rigueur en ce contexte. Quinze ans après j’avais la confirmation que je ne pouvais avoir confiance qu’en un groupe qui se cachait sans le dire.

En 2004 crash disques remet les thugs à la lumière, il suffi juste maintenant de l’attraper et de la protéger, dans les situations difficiles un feu bouillant réchauffe et donne de l’espoir en l’horizon. Vive ce droit d’inventaire.

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Merci à Crash disques

Gerald de oliveira

 

 

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