| |
Deuxième chronique.
Et premier embarras. Celui nourri par la certitude, persistante
et consécutive à plusieurs écoutes, que l'on ne saurait évoquer
en termes laudatifs le prochain album, Retour au Zoo, du combo
parisien Verone hébergé par le jeune label Martingale. A l'image
de l'enseignant qui mesure au fil de l'année scolaire la progression
indéniable d'un élève repéré dès la rentrée et programme par
avance sa réussite à l'examen terminale pour finalement sombrer
dans la perplexité à l'annonce des résultats, presque honorables
mais certainement pas bons, on s'interroge sur le cas Verone.
Le premier contact
avec le groupe nous plaçait en effet dans d'excellentes dispositions
: celles de la graphie fine et assurée de Fabien Guidollet
sur la carte qui accompagnait l'advance CD de l'album, et
celles de la photo engageante du groupe qui agrémente la rapide
biographie. On lit sur leurs visages ce que l'on traduit comme
de la détermination. Pas celle de musiciens frondeurs trop
assurés de leur fait mais celle de ceux qui s'avancent convaincus
de l'honnêteté de que ce qu'ils livrent, de la valeur des
efforts qu'imprime Retour au Zoo. Puis celles de l'artwork
soigné de Jean-Michel Tixier déjà remarqué aux côtés de Syd
Matters. Et enfin celles de l'introductif Alaska. Placé sous
le patronage d'un Arab Strap dont il exhale quelques réminiscences
(Leave the day free), ce titre introductif promet le meilleur.
Construit autour de motifs de guitare cristallins fermement
campés sur les deux jambes lourdes d'une boîte à rythme, le
morceau évolue progressivement vers une virée atmosphérique,
légère et doucement plombante grâce notamment au concours
de cordes à la tristesse cathartique. La voix, singulière,
y reste sobre, le timbre y est clair. La banquise américaine
demeure accueillante. Puis le reste de l'album s'avance ;
le brise-glace fendille puis finit par exploser ce qui se
révèle comme un fragile édifice de glace cristalline.
Hébété, l'auditeur
crie au vol et cherche vainement à l'écoute de Cameleon, Jericho
ou Chanson de Cale, l'émotion initiale. La voix de singulière
devient presque irritante. L'électro économe du premier titre
s'enrichit et devient dispendieuse jusqu'à la nausée. Les
textes mêmes finissent par dévoiler toute leur maladresse
et leur caractère limite infantilisant (" A quoi bon mentir
encore quand je vois clair en toi ? ", presque du Saez, ou
les assonances pénibles du refrain de Retour au Zoo). Sur
le titre qui donne son nom à l'album, on entrevoit pourtant
que ce dernier aurait pu laisser une impression toute autre
et l'on se demande si la retenue préférée à la démonstration
de moyens ne représentait pas la planche de salut. Retour
au zoo donc pour préférer la compagnie des singes légers armés
de guitares sobres du premier titre à celle pachydermique
des éléphants de la production et du trop électro .
Benjamin
|
|