13 juillet 2025 / Une fois passé le court instrumental introductif La Brume, la merveilleuse rengaine country folk klezmer Odysseús m’a rappelé à quel point David Ivar Herman Dune excellait dans l’art de composer des mélodies aussi touchantes qu’efficaces, bâtissant avec peu de moyens des palais clairs-obscurs : portés par les chœurs de Mayon, les refrains, ainsi que le final aérien de toute beauté, font de cette chanson rien de moins qu’un classique instantané, à ranger au côté des œuvres de Leonard Cohen. Retrouvailles prometteuses, pour moi qui avais lâché l’affaire après Not On Top (2005) : il y a que je préférais de loin l’âpreté des trois premiers opus, publiés entre 2000 et 2001 – tueries sensibles que Turn Off the Light, They Go to the Woods et Switzerland Heritage. Le virage anti-folk, les barbes et les maracas, pas ma came. Pas celle non plus d’André Herman Düne (aka Stanley Brinks), qui quittera le groupe en 2006 : adieu le tréma sur le U et, depuis le départ du batteur Néman, David – désormais basé à San Pedro, Californie – mène sa barque en solitaire, même si sur ce nouvel opus il a su s’entourer, en témoigne la luxuriance de certains arrangements – violons, banjo, cithare, piano s’entremêlent et se répondent. Son intitulé faisant office de viatique, Odysseús est une excursion dans la psyché de son auteur tout autant qu’une plongée dans sa malle à chapeaux : un chapeau de cow-boy, évidemment, tels que porté sur une poignée de morceaux d’obédience country folk, dont un jubilatoire A River Keeps Running (When A Good Man Dies), qui cite le fabuleux Nicolas Cage, mais également un chapeau trilby, que ne renierait pas – sur la très belle ballade Moonlight On Gaffey Street – le barde de Montréal, un chapeau de funérailles aux fins de cacher ses larmes durant le poignant Into The Darkness Indeed (j’ignorais que David savait crooner si triste), un panama sur l’interlude greco-folklorique Grenache (une envie de vacances à Hydra ?) et même une casquette de slacker (le groovy Sneakers On The Telephone Line rappelle le Beck des early 90s). Des chapeaux, mais pas de masque, tant Herman Dune – jusqu’au conclusif Viduy וִדּוּי (Confession) – se met à nu et (paradoxalement) en scène, à l’image de la comptine sixties Buffoon of Love, durant laquelle il dialogue avec sa compagne-dans-la vraie-vie, Mayon. Heureux qui, comme votre chroniqueur préféré, a fait un beau voyage.