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Radio Mylife : il y a quelques années en Bretagne, à l’issue d’un concert pourri donné dans une cidrerie anticapitaliste subventionnée (paradoxe ? Naaan, mais s’étonner d’un paradoxe idéologique, c’est fasciste), je m’étais fait écharper par un mollusque progressiste, parce que j’avais énoncé le souhait d’intégrer à mon groupe de l’époque une choriste, et lui de s’indigner, parce que c’était patriarcal d’objectifier la voix des femmes. Comment dire ? À l’écoute du nouvel album des Australiens de Tropical Fuck Storm (meilleur nom de groupe du monde), il est évident que le point fort du quatuor fondé à Melbourne en 2017 par Gareth Liddiard et Fiona Kitschin est la mixité vocale, même si rien à jeter niveau musical : la noirceur verbeuse de Sleaford Mods (Irukandji Syndrome, introduction dantesque gorgée de guitares crânement héroïques), la versatilité des Osees (le martial Goon Show) (vous savez ce qu’est le gooning ?) (restez dans l’ignorance, si ce n’est pas trop tard), la pâte sonore boueuse Young Fathers (curseurs dans le rouge même quand c’est – étonnamment – calme), les mélodies déglinguées à la Idles, la délicatesse imprévisible (Stepping On A Rake, si touchant), le groove (Teeth Marché – refrain quasi Abba) et les à-côtés sensibles, le compte est bon : meilleur nom de groupe du monde mais également meilleur groupe du monde, les Tropical Fuck Storm savent tout faire, tout jouer, tout chanter, jusqu’à nous émouvoir au plus haut point (Fairyland Codex, Ô patin, c’est quoi ce truc ? Chef d’œuvre, oui) et nous rappeler que ça fait des années que mon amie M. me conseille – en vain, je suis têtu – d’écouter ce groupe, qu’elle a vu en concert à Paris dans des salles minuscules et parfois vides. De quoi se sentir couillon, non ? Plus accessible que ses prédécesseurs, Fairyland Codex (tout un programme, respecté à la lettre) n’en oublie pas les ruades garage bizarroïdes (Dunning Kruger’s Loser Cruiser, lo-fi à souhait), le math-rock psychédélique (Bloodsport, très Deerhoof), les références néo-vintage (Joe Meek Will Inherit the Earth, The Make-Up, pas loin) et les digressions lounge (la ballade Bye Bye Snake Eyes, violons dégoulinants à souhait) : TFS sait tout jouer et ne s’en prive pas, s’offrant le luxe de nous proposer la pochette la plus géniale / abominable de l’année, s’inspirant du Where the Wild Things Are de Maurice Sendak, qui valut au surestimé Spike Jonze une incompréhension publique et critique : non, les mondes imaginaires (fayriland) ne sont pas toujours hospitaliers. Forts de ce constat, les Tropical Fuck Storm nous offrent un album passionnant – rugueux, sensible, mélodique, aventureux – à même de clouer le bec au demeuré bienveillant qui, un soir d’hiver aviné dans cette fameuse cidrerie finistérienne rebelle, estimait qu’un chant mixte était vecteur d’emprise patriarmachin. Pfff, Peter Pan à dreadlocks, brosse-toi les dents et fais pas chier.




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