15 septembre 2025 / Est-il nécessaire de présenter Jonathan Richman ? Les moins cultivés d’entre vous se souviendront peut-être du surcoté There’s Something About Mary (1998) des frères Farrelly, qu’illustra avec brio – entre scies signées Lloyd Cole, The Lemonheads et The Dandy Warhols – notre Jojo outre-Atlantique, né en 1951 et leader de feu The Modern Lovers, brièvement ressuscité par les vampires du faux underground d’Hollywood, à l’instar d’un Daniel Johnston avec le cringe (mais cool) (mais cringe) (mais cool) Kids de Larry Clark. Les autres s’en tiendront à la (super chouette) bande dessinée de Nicolas Moog et Arnaud Le Gouëfflec, Underground : Rockers maudits et grandes prêtresses du son (2021) : tout est dans le titre, à lire absolument. Bien entendu, sauf à considérer qu’échec artistique se confonde avec échec commercial, Jonathan Richman est loin d’être maudit : ce type a de l’or dans les doigts, de la soie taquine dans la bouche et la liberté comme inaltérable viatique. Son jeu de guitare – minimaliste, délié et néanmoins acrobatique – se fait le parfait pendant d’un chant qui n’a de contraintes que l’absence de complexes : à d’autres la virtuosité, quand la vraie virtuosité se passe d’effets de manche, à d’autres la justesse, quand la vraie justesse s’accommode des accidents, à d’autres la spontanéité, quand la spontanéité ne consiste qu’à n’être pas plus que ce que l’on est. Il en va ainsi d’un Only Frozen Sky Anyway imprévisible tout autant que réjouissant (reprise des Bee Gees à l’appui), qui met à l’amende les thuriféraires de l’anti-folk, les aficionados d’Animal Collective et autres aventuriers mous de la pop borderline (Dirty Projectors). Teintées de gospel, de flamenco et de country alambiquée, les douze compositions de Only Frozen Sky Anyway sonnent comme une ode à la liberté, un champ des possibles ou une revue à la baisse des harmoniques égotiques. Dans l’écosystème musical, Jonathan Richman est l’équivalent de l’air ou de l’eau ou du delta-9-tétrahydrocannabinol : essentiel à la vie sur terre. Jamais parfait, toujours génial.