17 septembre 2025 / Glaçante nouvelle que le Dry September (1931) de William Faulkner, qui illustre l’impitoyable mécanisme de la rumeur et sert de point de départ à la conception de Septembre Ardent, opéra de poche composé à huit mains par Donia Berriri (aka Achille, un album au compteur, publié en 2017), Nosfell, Jean-Brice Godet et Valentin Mussou, dans lequel – en français et en arabe – un homme et une femme dialoguent jusqu’à la révélation finale. Inspirés par des voyages au Maghreb et jouant de modulations sonores telles que l’on en trouve dans la musique nord-africaine (désolé pour la formulation alambiquée, il y a que j’abhorre le concept de « world music »), les douze titres de Septembre Ardent dessinent – dans la rétine mentale nourrie de mémoire collective – des terres désolées – assommées par la chaleur, soleil à la verticale, la lumière cisaille les jambes et le courage – tout autant que des refuges fragiles à l’ombre des arbres, oasis nocturnes où l’on murmure des secrets que nul ne veut entendre, où l’on esquisse des gestes d’affection dérobés à l’ire du monde. Quel monde ? On ne sait pas. C’est nulle-part, donc partout, c’est demain, donc aujourd’hui ; votre imagination comblera le vide. Le disque s’ouvre sur Mirage, voix qui parlent, se croisent et se répondent, celles de Donia et de Nosfell, voix humaines sur lit de violoncelle, de bourdon, de grincements, de mélopées lointaines, d’insectes, peut-être, post-rock crépusculaire à la Godspeed You ! Black Emperor – les morceaux parlés se parent d’accompagnements ambient, discrets et minimalistes, tandis que les morceaux chantés, éthérés et néanmoins charnels, évoquant Dead Can Dance (Procession) ou Massive Attack (le trip-hop Un Jour Sec, entêtant), s’avèrent d’une indéniable beauté (le final d’Ici le sable ; le poignant Incendie, le brumeux Illégale). Une proposition ambitieuse, singulière et attachante, qui mérite que l’on s’y attarde.