19 septembre 2025 / En 2008, l’imparable Elvis – tiré de l’album inaugural Beat Pyramid – tournait en boucle sur ma platine mentale. Après une écoute distraite de l’acclamé Hidden (2010), j’avais complètement perdu de vue le désormais duo These New Puritans, à l’époque classé dans la catégorie fourre-tout (et inutilement snob) de l’art-rock. Chouette nom de groupe, modernisme aventureux, exigence musicale (dont un minutieux travail sur les voix et les percussions), il n’en fallait pas plus aux jumeaux Barnett (Jack le chanteur ; Georges le batteur) pour prétendre au statut de formation culte. Qu’en est-il, presque vingt ans plus tard, avec ce cinquième opus à l’intitulé facétieux – Crooked Wing ? Coproduite par Graham Sutton (Bark Psychosis), la nouvelle galette aux ailes tordues s’ouvre sur le magnétique Waiting, tout de claviers, de glockenspiel et de chant éthéré tendu, ondée de beauté qui laisse présager une œuvre à la spectralité paradoxalement baroque : ainsi, Bells – intro carillonnante, cloches et arpèges de piano, en un lent crescendo évoquant Sigur Rós – s’ébroue dans une théâtralité de crooner déchu, tandis qu’A Season In Hell nous entraîne dans un tourbillon d’orgues sur fond de rythmique martiale. Si l’ensemble est particulièrement soigné, les frères from Southend-on-Sea nous offrant une musique de chambre aussi sophistiquée qu’ample ou minimaliste, il faut savoir que les compositions intègrent samples et field-recording, enregistrés lors de promenades londoniennes : une manière pour These New Puritans – qui par ailleurs ont l’excellente idée d’inviter Caroline Polachek sur Industrial Love Song – de s’inscrire dans la (longue) lignée d’esthètes expérimentateurs ayant marqué la musique contemporaine.