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Étant raide comme un piquet (encore qu’un piquet lui plierait sous l’effet du vent, entrainant dans sa chute le grillage qu’il tend) quand je danse (enfin est ce de la danse me dirait une amie très proche ?) j’ai décidé depuis longtemps de ne plus laisser mon corps se laisser aller à la gesticulation artistique afin de répondre aux ondes, souvent machiavéliques, de la musique. Bon, ayant tant ma sainte (je n’ai pas trouvé le mot équivalent de trinité pour vingt.) Will Oldham, Mark Hollis, Robin Proper-Sheppard ou encore Peter Milton Walsh, je dois bien vous avouer (mais pourquoi avouer, je ne suis pas coupable), que cette barrière, je n’ai pas trop souvent à la baisser pour refréner une possible pulsion. Alors en mettant Cactus Bus de Oasis Boom (qui n’est pas le futur des frères Gallagher, encore que les poches pleines, le cerveau, lui, pourrait devoir se vider) dans mon lecteur et sa pochette haute en couleur (comme un fluide glacial bouillonnant au pied d’un volcan) j’ai mes prédispositions, ayant pour une fois parcouru la feuille de presse qui me parlait en ces termes « Le duo invente un rock du désert qui appelle la danse, connaît bien la techno, et aime les larges mélodies hypnotiques qui sonnent familières à nos oreilles. le son d’Oasis Boom est très librement inspiré de Maloya et de musiques mandingues ». Face à ce précipice qui me mènerait aux ridule, j’ai donc descendu la barrière, et celle-ci ne devait pas trop camper sur ses positions au prix d’une énergie folle, le disque commençant avec Cactus Bus, Dira et Milena Sand, comme une entrée raffinée et mettant en appétit sans les effets qu’un abus d’alcool pourrait entraîner, et suffisamment chahutée pour ne pas craindre l’ennui. Mais le piège était là dans cette entrée souple gracile et totalement enivrante. Mais Waagon est arrivé, et celui-ci a décapité le passage à niveau, faisant voler ma barrière. Ce n’est pas un train, mais une belle Américaine effilée et chargé qui m’entraîne, à mon corps défendant dans une sorte d’épilepsie joyeuse (je sais cette maladie est tout sauf joyeuse, mais l’image est celle-ci.) et qui ne pourra dés lors plus s’arrêter, en dépits des « c’est gênant » d’une progéniture éberluée devant la désolidarisation du cerveau cartésien de leur père de son corps tapé et fatigué. Mais que faire face au génie de nos deux gourous ? Car ils sont deux (Mélissa Acchiardi (batterie et synthétiseur joué avec des baguettes) et Vincent Duchosal (guitare électrique préparée) )aux commandes de cette machine machiavélique (le diable se cache dans les détails, comme dans cette fausse piste de Battistu No qui nous sort de l’emprise pour mieux nous happer de nouveau.). Cactus Bus n’est pas seulement piquant, ce sont avant tout des experts en manipulation, sorte de marionnettistes à tringle qui disposeraient de notre corps, comme un groupe de K Pop de la carte bleue des parents (émission vivre ma vie épisode 72). Nous faisant tourner la tête pour mieux nous faire perdre nos points cardinaux, le duo s’en donne à cœur joie (Congre est un petit précis de désorientation, comme le pigeon d’un colin-maillard.) tels des chenapans (oui, dans la France de Macron, nous ne craignions pas de piocher dans un petit Robert datant de l’entrée dans celui-ci d’un jeune chanteur du nom de Michel Delpech) ils s’amusent, non sans toucher les fibres de l’émotion (Moma Blanche).

Cactus Bus avance jusqu’au bout, dans cette juxtaposition effrénée, cette transe folle et mature, dépossédant James Murphy de son pouvoir d’attraction étrange sur un Sada Crac irrésistible, décharnant le passé pour faire de son squelette un histrion sous kétamine (Le Baron), triturant des velléités heavy pour mieux les faire rentrer dans un costume à paillettes (Ivy Double Mise) pour finir par déclencher une faille nous transportant dans une quatrième dimension où Sonic Youth aurait fait la rencontre avec les frères chimiques sur une départementale dans le Lubéron (Ode Mer).

Le corps en manque d’énergie, la dignité définitivement rangée au côté du Ulysse de Joyce (que j’ai commencé au moins six fois) pour qu’elle prenne la poussière, mais mon taux de bien-être et de bonheur d’être amateur de musique ayant obligé les concepteurs de celui-ci de revoir sa gradation, ayant explosé le plafond après de multiples écoutes de cet Cactus Bus qui décape notre frigidité musicale. C’est bon, c’est bon, c’est très très bon.




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