12 septembre 2025 / Le passage d’une année déceptive, à la découverte enfin de la lumière en septembre, ne tient à pas-grand-chose. Alors que j’ai eu l’outrecuidance d’étaler ma déception sur l’année musicale avant de me prendre des remarques allant d’un gâtisme aggravé à en gros une incompétence crasse (je n’ai jamais pensé à autre chose qu’à jouer et à partager en me lançant il y a plus de vingt dans cette entreprise.), j’ai eu peur de devoir me contenter d’une maigre récolte, me consolant avec mes millésimes des années précédentes, quitte à définitivement basculer dans la frange non-négligeable à notre âge des « c’était mieux avant ».
Et puis il y a cette rentrée qui semble de plus en plus vouloir s’inspirer de la rentrée littéraire avec sa profusion de sorties, donnant au mot indigestion tout son sens. Alors face à cette masse, il faut faire des choix, mettre dans la platine, enlever, en mettre un nouveau, l’enlever avec le même sentiment de peut-être arriver au bout du truc Et puis comme une étoile filante vous redonne de l’espoir en la chargeant d’un vœu, est arrivé de nouvel album de Strange Pilgrim, le fantastique Too Bright Planet. Originaire de Portland, ces probables fans de Gabriel García Márquez offrent une suite à leur album éponyme (2022) et l’EP Embers sorti en début d’année. Pour l’occasion Josh Barnhart, jusqu’ici, la tête pensante et le multi-instrumentiste du projet s’est entouré de Pat Spurgeon (Rogue Wave, Dandy Warhols, Federale), d’Elliott Kay ainsi que de Cory Gray, Maggie Morris et Caleb Nichols (que nous connaissons bien ici et qui partage le même label que Josh). Navigant entre The Grateful Dead, Brian Eno et le The Velvet Underground, il change, à l’instar du Fleetwood Mac du début des années 70, son faisceau lumineux en plein milieu d’un titre, donnant à l’auditeur la sensation d’être embarqué dans quelque chose qui pourrait le dépasser et donc le sortir de la torpeur de son quotidien (oui, je parle aussi de moi).
Inspiré par la poésie de Robert Hass (des vers de celui ci sont repris dans Some Quiet Dream), les films de Sara Dosa, Akira Kurosawa et Wim Wenders, et l’art de Gerhard Richter, ce nouvel album est à l’image de la pochette reprenant une peinture du grand-père de Barnhart, Dale Barnhart, un peintre à l’huile qui a expérimenté avec les styles cubistes, il n’invente pas, s’influence, mais avec ce matériel en fait quelque chose de sacrément personnel. Presque suranné dans la production comme voulant se détacher de l’époque se sentant mieux dans le passé, Too Bright Planet n’en demeure pas moins le plus beau disque de cette année bien avancée, une œuvre quasi-pastorale tant elle convoque une certaine idée de la transmission et d’un art de vivre simple, austère, mais plus en adéquation avec notre carburant, le rêve. Un astre brillant, flamboyant et avant tout touchant.