> Critiques > Labellisés



IKI surprend et IKI ne dément pas que le label Sérotine (basé à Nancy) se montre fougueux et aventureux. Sortant en cette mi-septembre, le disque d’IKI c’est la rencontre de deux substances : la voix d’une part, le battement de l’autre. Deux substances qui font son et deux sons qui se rentrent dedans pour produire des sons interrompus par quatre silences. Ne cherchez pas la petite bête, ne cherchez pas autre chose que le début, puis la fin de ces quatre pistes. Appuyez sur play.

Un sentiment de violence inouïe se dégage que l’on ne trouvait pas sur Myotis, opus d’Anthony Laguerre (la moitié d’ IKI, la batterie, c’est lui) paru en 2019. Sur Myotis, la voix c’était plutôt celle de l’harmonica. Elle geignait, elle râlait : Myotis est un album poignant en partie à cause de cette voix-là.

Sur IKI on est dans le dur, le premier : dans le « primal » devrait-on écrire. Plonger jusqu’aux premiers émois de nos congénères humains, plonger dans des grottes, plonger dans le noir pour en ressortir ébloui. Et comme je tenais à savoir d’où vient « IKI », ce cheminement jusqu’aux origines du duo, j’ai décidé de le parcourir sur Internet d’abord, grâce à Bandcamp, puis en l’écoutant. Une véritable enquête menée comme le fin limier que nous sommes tous chez ADA. Par quelle action de grâce ce 4-titres sans titre d’ IKI avait-t-il donc éclos ?

Isabelle Duthoit elle-même, qui est-elle ? Auparavant « enregistrée à la radio tchèque en 2012, l’improvisation sémillante d’un quartet d’instrumentalistes mêlant drone et musique de chambre » (source : les presses du réel) elle joue sur Esox Lucius en tant que vocaliste clarinettiste. La voix et le souffle, ça la connaît donc.

Ça c’était en 2015, sur Corvo Records. Ce type de déviation c’est tout IKI : un son, des sons, un sourire, de l’étonnement, des yeux écarquillées, aucune certitude. Bien que le son pour eux deux se manie véritablement comme de la pâte, tout comme elle, il se modèle et se cuisine et se sculpte ; il peut faire remonter le public jusqu’à une nuit des temps durant laquelle rien ne portait de nom, alors que tout était cri, vocifération, et battement, jour, puis nuit. Comme si la voix cherchait à donner vie à un instrument (comme si la voix cherchait à imiter la clarinette, c’est là que nous voulons en venir), un retournement s’opère car le corps - la voix humaine - redevient outil. Au plus proche de ce qui précède une préhistoire de la musique : l’outil produit le son avant que de le moduler.

Une certaine leçon de musique, ni expérimentale ni jazz, que nous donne IKI. Un entre-eux-deux (ha !) passionnant. Et un must de cette rentrée toute en surprises sonores.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.