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Vous ne le savez certainement pas, mais quand on veut briller par son esprit, disposer d’un physique séduisant est une malédiction. Et dans les nineties, Evan Dando était considéré comme l’un des plus gros BG de la sphère underground, à tel point qu’on l’a parfois admiré pour les mauvaises raisons, quand bien même l’acclamé It’s a Shame About Ray (1992) a placé The Lemonheads sur la carte du rock alternatif américain. Avec Juliana Hatfield à la basse, le groupe originaire de Boston avait un petit truc (l’attitude, les mélodies, le son), même si c’est une reprise, celle du Mrs. Robinson de Simon And Garfunkel, qui restera leur plus grand succès. Albums moins bien accueillis, changements de line-up, appétence pour la discrétion, la suite sera plus confidentielle – le dernier vrai disque des Lemonheads remonte à 2006. Désormais installé au Brésil et s’adjoignant les services du multi-instrumentiste Appolo Nove, Evan a convoqué – outre Juliana – quelques amis de longue date pour l’épauler dans l’enregistrement d’un nouvel opus des Têtes de Citron : Tom Morgan, Nick Saloman (The Bevis Frond) et le génial Jay Mascis. Love Chant démarre sur les chapeaux de roue, avec l’entraînante cavalcade country-pop 58 Second Song, le chant mixte, la mélodie, le solo de guitare électrique, nous voilà avec un hymne aussi décalé qu’enthousiasmant. De l’énergie, Evan Dando et ses comparses en ont à revendre : ballade rapide rappelant Frank Black (In The Margin), pub rock stoogien (Wild Thing, sur lequel Evan scande comme Iggy Pop), boogie kraut sudiste (Love Chant) - les chansons se perdent parfois en route, à l’instar d’un ambitieux et décousu Togetherness Is All I’m After évoquant Coldplay. Ailleurs, parodie involontaire (le caressant The Key Of Victory, qui voit Evan se prendre pour Johnny Cash mais sonner comme Mark Knopfler), interprétation étrange (sur le bordélique Be In, on croirait entendre DC Basehead), karaoké (l’ovni Marauders, Evan imite David Bowie qui imite on ne sait trop quoi) – perturbant, mais explicable. Evan Dando n’a jamais été un grand chanteur, un de ceux qui sortent du lot et dont le timbre de voix est reconnaissable entre mille. Et quand l’inspiration ne suit pas, et que cette lacune est compensée par des arrangements sans queue ni tête, ça donne un album inégal, imparfait et difficile à appréhender. Le retour aux guitares saturées, c’est bien, mais ce qui faisait la grande force du rock US 90s, c’étaient des mélodies imparables, ce dont manque cruellement Love Chant. A l’aune de ce constat, le succès de leur reprise de Mrs. Robinson n’en est que plus ironique. On vous le disait, se voir célébré pour de mauvaises raisons est une malédiction.




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