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Quatrième bilan annuel depuis mon recrutement au ADA FC : vous connaissez la rengaine, une fois encore, je n’ai écouté que ce que j’ai chroniqué, et chroniqué que ce que j’ai écouté, soit un peu moins de deux cent disques. Une goutte d’eau dans le saumâtre océan de la production mondiale contemporaine. Je rappelle que je n’ai pas la prétention de distinguer les meilleurs disques de l’année, mais bien ceux que j’ai préféré écouter, et vers lesquels – pour certains d’entre eux – je suis souvent revenu. Ici, point de Rosalia ou de Michel Cloup – sorry. L’on notera l’absence d’artistes s’exprimant dans la langue d’Eddy Mitchell : une affaire de circonstances, plus que de goût, j’en ai très (très) peu écouté cette année, la faute à personne, même si oui, je l’admets, la chanson française, c’est pas trop mon truc. J’aime bien ne rien comprendre aux textes. Un peu comme quand j’écris mes chroniques : il m’arrive de ne pas savoir ce que je veux dire, et ça m’amuse, parce que si il y a bien un truc qu’il ne faut pas prendre au sérieux, c’est la critique artistique : les musiciens sont des escrocs, les chroniqueurs sont des escrocs, les disquaires sont des escrocs, la boucle is boucled et bonne année !

1. Ventura – Superheld (Vitesse Records)

Patient (Ad Matres, le précédent opus, remonte à 2019), discret (cinq albums en vingt ans), accessible (ni pose ni posture) et doué (la production est un modèle d’efficience – le son tout autant que le dosage des arrangements), Ventura nous offre tout simplement le meilleur disque de l’année – je ne m’en lasse pas.

2. Benefits – Constant Noise (Invada)

Retournement de veste – j’avais certes été séduit par Constant Noise, mais quelque peu critique quant à l’homogénéité de l’album, à mon avis trop long. Tu parles, j’ai poncé ce disque toute l’année, et à chaque fois j’en ai tiré un plaisir inestimable. Énorme kif. Comme quoi, j’écris parfois n’importe quoi. Et heureusement. Se tromper, c’est chouette.

3. Elie Zoé – Shifting Forms (Humus Records)

Quel album ! Quelle traversée !!! Puisant dans le meilleur de l’underground US des 90s, ascendant crépusculaire, le vénéneux Shifting Forms est une leçon d’épure, de beauté nocturne, de quiétude solaire. Magique.

4. clipping. – Dead Channel Sky (Sub Pop)

Imparfait mais vigoureux, inventif et investi, Dead Channel Sky ne brille que par intermittence, sauf que quand ça brille, c’est direct le sommet. Et puis le tubesque Run It, et puis la magistrale session acoustique Tiny Desk, et puis le flow de tueur de Daveed Diggs !!!

5. Teethe – Magic Of The Sale (Winspear)

Plus court, plus ramassé, plus sale, l’album eut été meilleur, mais au vu de ses indéniables qualités (chaque écoute laisse apparaître de nouveaux détails), on ne fera pas la fine bouche, d’autant plus que des morceaux tels que Magic Of The Sale, Holy Water et Iron Wine sont d’une irrésistibilité irrésistiblement irrésistible.

6. The New Eves - The New Eve Is Rising (Transgressive Records)

Foisonnement d’idées aventureuses et d’arrangements luxurieux, mais noyau sombre et rageur, bombe sensible à retardement, quel inaliénable plaisir, gros gros coup de cœur.

7. Julii Sharp - Burning Line (Only Lovers Records)

Magnifié par une production organique, à l’os mais néanmoins chaleureuse (on se croirait dans la pièce avec les musiciens), l’impeccable Burning Line est addictif tout autant que réconfortant. C’est simple, à chaque écoute, je me sens chez moi.

8. Deafheaven – Lonely People with Power (Roadrunner)

Grosse claque que le magistral sixième (double) album de Deafheaven, à qui probablement les puristes reprocheront d’indierockifier le black metal, tant les Californiens – une heure et douze titres durant – l’enrichissent à coups de shoegaze, de post-rock et de post-punk, tout en conservant une puissance de feu mélancolique digne de Sunbather (2013), l’inégalable sommet critique de leur discographie : retour aux fondamentaux, donc, après le déroutant Infinite Granite.

9. Tropical Fuck Storm - Fairyland Codex (Fire Records)

Plus accessible que ses prédécesseurs, Fairyland Codex (tout un programme, respecté à la lettre) n’en oublie pas les ruades garage bizarroïdes, le math-rock psychédélique, les références néo-vintage et les digressions lounge : TFS sait tout jouer et ne se prive de rien. Mention spéciale aux harmonies vocales, un régal.

10. Soaring – Soaring (Araki Records, Stellar Frequencies)

En quatre compositions et une trentaine de minutes, Soaring frappe fort, à l’instar du tellurique et néanmoins émouvant Sun, dont le tempo lent en trompe-l’œil rappelant Slint favorise les variations climatiques, entre murailles soniques, mille-feuille d’arpèges lumineux et mélopées gothiques – le blackgaze de Soaring prend aux tripes.

11. Ocre – So Often Lifeblood Comes From Ashes (Araki Records, Urgence Disk, Atypeek Music)

Les mélodies accrochent l’oreille, les guitares défouraillent, les structures dérapent, montées de fièvre et accalmies se succèdent, l’on pioche dans le punk, le grunge, le stoner, le hardcore ou la noise, mais invariablement l’ensemble paraît doux et vous collera un putain de spleen.

12. Jonathan Richman - Only Frozen Sky Anyway (Blue Arrow)

Dans l’écosystème musical, Jonathan Richman est l’équivalent de l’air ou de l’eau ou du delta-9-tétrahydrocannabinol : essentiel à la vie sur terre. Jamais parfait, toujours génial.

13.Life – We Won’t Say A Word Until Tomorrow (Autoproduction)

L’album se conclut sur l’épique I Haven’t Said It Enough et, au vu de la munificence de l’œuvre de l’homme orchestre Damián Ojeda, l’on se doute qu’un tel intitulé n’est pas un trait d’humour ou un constat blasé : en dépit de l’insuccès, il poursuivra sa route, à charge pour nous de le suivre, quand bien même il y aura labyrinthes, tentacules et vertiges.

14. Fragile Figures - See The Charcoal Rats (Araki Records, Urgence Disk, KdB Records, Atypeek Music)

La boîte à rythmes tabasse, la basse martèle les temps, les distorsions crachent, impeccable. Mêlant coldwave, post-rock, shoegaze, electronica, noise, indus et post-punk, Fragile Figures signe rien de moins qu’un des meilleurs albums que j’ai pu entendre cette année, j’adore.

15. Blackbraid – Blackbraid III (Autoproduction)

Planche à roulettes, bois, gomme, autocollants Jay Adams // le rejet, universel, le rejet de la différence // distorsion mélodique réverbérée, chant qui s’étrangle, chat asphyxié, batterie azimuts, apartés folk ou pagan ou post-rock, la lenteur, parfois, arpèges hypnotiques, motifs répétitifs, ambiance Silent Hill, une manière comme une autre de se créer une carapace.

16. The Chills – Spring Board : The Early Unrecorded Songs (Fire)

La production organique, sans fioritures, dégagée des mignardises qui plombèrent Soft Bomb, permet aux chansons de s’affranchir du temps, un pied dans les eighties, l’autre aujourd’hui ; au moment où j’écris, je ne sais plus quelle version de moi-même je suis, mais ce que je sais, c’est que je me sens particulièrement enthousiaste, parce que Martin Phillips et ses Chills m’ont rappelé à quel point, en matière de pop, la simplicité pouvait être lumineuse.

17. Backxwash – Only Dust Remains (UglyHag)

Flow naturaliste, textes rageurs, instrumentaux inventifs tout autant que roués, noirceur jamais définitive, la lumière au bout du tunnel : il fallait bien ça pour revenir à la vie.

18. Solaris Great Confusion & Original Folks – Vol. 1 (Mediapop Records, Broken Obstacles Records)

Caresse pour les oreilles, quand par ailleurs l’atmosphère – entre chien et loup – s’avère propice à la rêverie tout autant qu’à l’optimisme bleuté. De la belle ouvrage.

19. Superchunk - Songs in the Key of Yikes (Merge Records)

Bain de jouvence, livré avec du savon (pour les oreilles).

20. Der Weg Einer Freiheit – Innern (Season of Mist)

Dans la profondeur de la lumière sombre, tout se rejoint, jusqu’à la quiétude. Magistral.




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