15 décembre 2025 / Point de départ du nouvel album de la pianiste Cécile Seraud, dont nous avions particulièrement goûté les opus précédents, une promesse. Celle faite à une amie soudainement veuve, qui souhaitait honorer la mémoire de son grand amour disparu – « S’il te plaît, compose-lui une musique ». Le chemin vers la mort, le chagrin, le deuil, mais également le ravivement des souvenirs chatoyants, des sourires partagés, de l’avenir tel une page blanche, avant que le ciel ne s’assombrisse : nous entraînant vers la lumière, le si sensible Psykhé prend aux tripes, tout autant qu’il prend le large, la beauté en guise de boussole, jusqu’au conclusif Wake Up – avions-nous vraiment dormi, ou était-ce nos vies que nous avions rêvées ? Enregistrées par le fidèle Sylvain Texier, les neuf compositions de Psykhé s’articulent autour d’un piano pensif saisi à bout de cordes frappées : au plus proche de l’instrument, la production organique laisse à entendre grincements, cliquetis, délicats martèlements ; le corps vibrant sur le banc, les doigts qui picorent l’ivoire, les touches que l’on parcourt, porté par le flux, le vent, la mélancolie. Sur un lit d’arpèges réverbérés, Cécile tisse des mélodies limpides, à l’instar du bourdonnant Two Hearts in New Zealand et sa note de mi, répétée à l’infini, ou de la pièce maîtresse Flying Soul, dont la tonalité plus grave s’accompagne d’un changement de gamme inattendu du plus bel effet ; six minutes en apnée, ou en apesanteur, à voir. Inspiré par Max Richter, Ólafur Arnalds et Yann Tiersen, le jeu souple de la Lorientaise se permet des écarts et nous entraîne en Catalogne (léger mood Granados sur Barcelone mon Amour) ou en terre new wave, confère la grille harmonique de l’emballant Back Home. En effet, Psykhé est bien plus qu’un album de piano solo : sur le sépulcral Hurt, les chanteurs Erelle Le Bars et Michel Le Faou se répondent, la voix agile et feutrée de l’une contrastant à merveille avec celle, ample et grave, de l’autre – on les retrouvera sur la comptine funéraire Le Papillon de Nuit, magnifiée par la trompette de Youn Kamm, ainsi que sur la tintinnabulante I Love Your Smile, dont l’atmosphère plairait tout particulièrement à Brendan Perry. Il y a dans ce disque une douceur cathartique qui tend vers l’universalité : Psykhé s’adresse à ceux qui ont aimé et perdu – l’espace d’un instant, nous ne sommes qu’un. Bouleversant.