16 décembre 2025 / Le propre d’un ramoneur de menhirs, c’est probablement de ramoner à grands coups de décibels chaque hectare de champ de granit, et gast, Loran et sa bande de sonneurs alternatifs composée d’Eric Gorce et de Jérôme, en remplacement de Richard Bévillon, et de bardes boostés à la sauce punk celtique —avec Gwenaël Kere au chant, assisté de ses compères— ne s’en sont pas privé sur ce 5e LP explosif intitulé D’ar gad ataw (qu’on pourrait traduire par « Toujours au combat »). Je ne sais pas dans quelle potion notre ex-Béru légendaire est tombé dès son plus jeune âge, mais ça fait déjà quelques jolies décennies au compteur que Loran tronçonne à coups de barrés déjantés sa guitare électrique en criant haut et fort à qui veut bien le suivre et l’entendre sa soif insatiable de justice et de liberté face à un monde de plus en plus sclérosé. Pour les revêches qui se demandent encore pourquoi du breton avec du punk, on pourrait aussi bien rétorquer pourquoi Bruce Lee et les arts martiaux ou comment la super glue fait de jolies crêtes iroquoises ? Blague à part, deux décennies et un millier de concerts et demi plus tard, Les Ramoneurs continuent de tenir toujours impeccablement la barre. Même si ça paraît ardu d’expliquer tous les secrets de l’alambic, de leur cocktail détonant émanent certainement les énergies riches en uranium issues du vieux massif d’Armorique —sans centrale, faut-il le rappeler—, quelques élixirs au chouchen capables de vous électrocuter net et un esprit de fest-noz propre aux hiboux du soleil couchant. La faute aux Korrigans à la tignasse hérissée, à Marion du Faouët, rebelle pittoresque célébrée sur l’album, avec bombardes et riffs saturés, ou à Morgane la fée, ensorceleuse présumée de ce joyeux tumulte punk folklorique ? Les débats sur les origines et influences restent ouverts en cette vieille terre de légendes aux proies à tous les vents des mers, quand bien même il ne faudrait pas oublier la riche culture musicale autant que les combats politiques déclamés en français, breton, anglais, basque ou kanak sur cet album de généreux boucaniers (No Pasaran, Murs de la Honte, Lacri-Moged, Police Oppression, Zu atrapatu arte, Makukuty Kanaky). N’est pas anar à l’aise dans ses Docs et ouvert sur le monde qui veut, car tout cela demande effectivement de la belle humanité à en faire hurler de douleur les bornés mono culturels (et mono tout court). En revenant aux fées qui passent mais que l’on ne saurait oublier, je pense à celle partie rejoindre les étoiles en 2020, l’inoubliable Louise Ebrel, fidèle compagne de route et de studio et à qui le groupe a essaimé dans l’album des hommages à la manière de clins d’œil bienveillants avec des reprises de chants bretons, kan ha diskan et autres gwerzioù, comme sur les medleys de Louise a-dak (incluant E Garnison qu’elle chanta avec Denez Prigent) et Dirann (reprenant entre autres airs traditionnels, le P’edon War Bont An Naoned).
Pour ce qui est des reprises du répertoire punk emblématique, on remarquera le très agité Rock N Roll Diggers (titre altéré de Patti Smith sur l’album Easter, probablement pour ne pas affoler la censure des algorithmes) et déjà cités plus haut, l’endiablé Police Oppression des Anglais d’Angelic Upstarts et l’enragé Zu Atrapatu Arte des Basques de Kortatu. L’apothéose sur le disque est peut-être une autre reprise, celle de Miserlou du pionnier de la surf music, Dick Dale, renommée Tsigane, avec Loran au chant qui évoque celui de Bernie Bonvoisin de par son phrasé et son contenu socio-poétique. Un sacré multi-hommage qui reconnecte cet hymne du soundtrack de Pulp Fiction à des racines humaines profondes quand chaque primate peuplait cette Terre de son nomadisme. Invitation à suivre les gens du voyage et à se remémorer nos quêtes oubliées, en faisant fi de l’ordre sécuritaire et du normé sédentaire : ça hérisse le poil, ça hurle à l’Ouest, ça ensorcelle à l’Orient, et ça emmerde les gardiens des murs au son des instruments à vent et à cordes dissonants dissidents.
En 13 titres explosifs, voici donc pour le plus grand plaisir de vos oreilles alertes un album survitaminé et nourri d’engagements politiques en mode alternatif old school mais ouvert sur l’horizon. Un contrepoint de résistance de bon augure face aux hyèneux sectaires, s’acharnant à vouloir quadriller les ultimes parcelles du monde physique et virtuel. A n’en pas douter, « au son du biniou, la lutte sera faite (fête) » lors des prochains concerts des Ramoneurs qui devraient vous offrir leurs beaux lots de D.Y.N.A.M.I.T.E en ces temps incertains, dans l’attente de soirs meilleurs dont nos gaillards connaissent à coup sûr le chemin. Eric Tess