7 janvier 2026 / Le filtre est devenu l’un des mots les plus entendus et utilisés, au même titre qu’intelligence artificielle ou la phrase, c’est quoi mon pseudo sur facebook. Tout semble devoir passer entre les mains puissantes de ces logiciels qui rendent tout plus beau, plus lisse, gommant les aspérités pour répondre à une politique de plus en fascisante celle de la perfection dictée par une cohorte d’influenceurs décérébrés. Alors quand j’ai posé Describe This Present Moment de Che Artur j’ai bien regardé qu’autour de moi personne n’allait me juger ou appeler la police du bon goût circa 2025, me prenant pour Edward G. Robinson dans Soleil Vert. Cinquième album solo du membre de Pink Avalanche et Atombombpocketknife, Che Artur nous propose de froidement contempler le monde tel qu’il est à l’instant présent, sans fioriture, préférant l’aridité musclée de Bob Mould aux génuflexions des musiciens contemporains prenant peur face à des logiciels tout en les adoubant. À l’instar de cette voix qui touche ses limites avec un plaisir non feint, le post-hardcore coule naturellement, nous emballant (Sever ou comment saluer le retour prochain de Sugar) par sa radicalité fraîche ne jouant pas avec les limites du tolérable, préférant l’échange possible, que le bras courbé comme une barrière de train. En tout juste 30 minutes et 10 morceaux notre Chicagoen espère donner le ton de cette année naissante, direct (Spiraling est de ce point de vue le morceau à écouter au lever du soleil.), sans faux-semblant, avec une ouverture sur le monde (Obsidian est une pépite mélodique aux senteurs d’orient.) et un regard aiguisé qu’il voudrait partager afin qu’il devienne celui de cette société aveugle. Ma grand-mère disait que c’était dans les vieux pots que nous faisons les meilleurs potages, Che Arthur le confirme avec sa musique qui ne cherche pas à capter l’air temps, mais compte sur le passé pour mieux appréhender ce présent trop tourné vers un futur affolant. Un exil salutaire dans un disque attrape cœur.