29 janvier 2026 / Bois flotté. Ces dernières années, Manchester débite à la tonne des nouveaux groupes lorgnant de l’autre côté de l’Atlantique plutôt que de puiser dans la riche histoire musicale d’une ville qui fut, à la fin du vingtième siècle, l’un des centres névralgiques de la pop culture anglo-saxonne – comme si, étrangement, pour la jeunesse britannique mondialisée, l’ailleurs était meilleur. Adieu gouaille, adieu groove, adieu grisaille, marqueurs d’un folklore garant d’une authenticité parfois croustillante. Il en va ainsi des Shaking Hand qui, avec leur premier album éponyme, s’aventurent sur les terres de Slint et de Sonic Youth, proposant un slowcore de bonne facture, teinté de post-rock et de math-rock, sur lequel le chant apaisé du guitariste George Hunter, parfois appuyé par des chœurs sucrés (Sundance), sert de fil conducteur à des compositions déstructurées, jamais inutilement alambiquées. En effet, respectueux des registres qu’il explore, le trio fait preuve d’une certaine retenue, qui rappelle les inestimables Ventura. Usant des figures de style chères au genre (guitares arpégées qui se croisent, basse linéaire, rythmiques mouvantes ; ponts instrumentaux, légère saturation, production âpre), l’ensemble tient la route – à l’image de Mantras puis du post-core In For A… Pound !. C’est à partir de la mélopée prog Night Owl (dynamique tournoyante à la Radiohead, efficace, mais l’exécution pêche) que ça se gâte : tout est trop long, manque de liant, se délite, coule lentement. Dommage pour Up The Ante(lope) et son mood kraut psych garage, dommage pour Italics et ses étranges inflexions Pavement, dommage pour le conclusif Cable Ties, trop fade, on décroche avant la fin. Dépourvu de caractère, le trop poli Shaking Hand est un disque coupé en deux qui, tel un coup d’un soir, charme puis rapidement lasse. Voilà ce qu’il se passe quand on oublie la gouaille, le groove, la grisaille.