29 janvier 2026 / Déchirez les cartes, explosez la map monde même celle qui servait de bar à votre oncle indigne, mettez vos cours de géographie à la poubelle, ou utilisez ses pages d’écriture comme l’un des vestiges d’idées révolues, car le centre tellurique n’est plus là où vous pensiez ou là où on vous l’avez enseigné. Si à l’heure actuelle la capitale du foot reste Buenos Aires, de la gastronomie Lyon pour les chauvins, pour les mélomanes ayant une envie incompressible de libérer une énergie trop souvent réprimée par les conventions, je vous présente Angers, ou plus précisément Gondhawa, où la langue le gondhawii va vous emporter via ses concepts comme Takameyo, cri de ralliement plus que produit à déposer sur les étagères d’un dictionnaire.
Le trio Gondhawa est donc originaire d’Angers, mais les trois musiciens ont opéré un glissement de terrain, mettant Angers au bord du Bosphore tout en y injectant dans les sous-sols, les caves de répétition d’une myriade de groupes de garage rock ou de rock psyché. Après un premier album kaampala chez Stolen Body Records en 2021 et un EP Maanthagori en 2022, le trio explosif nous revient avec TÄKOMÄ qui devrait asseoir le groupe dans une autre dimension. Car je mets au défi quiconque de rester insensible à cette musique, à sa puissance, à ses couleurs, à ses senteurs, à sa faculté d’utiliser des instruments traditionnels, donnant à ceux-ci une place nouvelle à l’échelle du temps. Pour vous rendre compte de l’énormité de ce disque et de sa transversalité profonde et captivante, écoutez Banou Leï. Pour s’imprégner de la puissance de ces compositions qui pourraient vous rendre fou écoutez Thuaraï. Si vous voulez appréhender le mieux possible cette tectonique des plaques musicales qui renvois à leurs études pas mal de rockeurs, écoutez Wha Ghena Ghenno. Je peux faire ce petit exercice sur les dix morceaux de cet album qui écrase ce début d’année par son avancé horizontalite et son balayage vertical, faisant basculer l’axe de rotation de la terre, par son souffle, et par le recentrage qu’opère cette musique. S l’époque n’était pas aussi sinistre, nous pourrions appeler une tuerie. Je ne sais pas dire chef d’œuvre en gondhawii, mais j’ai la faiblesse de penser que vous avez bien compris que Gondhawa n’était pas un disque comme les autres et qu’il explose bien plus encore que les idéaux actuels du repli communautaire. Époustouflant.