2 février 2026 / Noces d’étain. Dix ans, depuis son inaugural album éponyme, que nous suivons de très près les pérégrinations musicales de Marco Giambrone et, avec la parution du fascinant Liminal, notre affection pour l’œuvre du Sicilien est vouée à perdurer. Enregistrées en quelques semaines dans son home-studio de San Giovanni Gemini, les dix compositions de ce nouvel opus creusent un sillon folk-gaze d’une inaltérable splendeur. D’emblée, la complainte hantée November pose le décor : lancinante, profonde, poignante ; rythmée par une percussion métallique minimaliste et des arpèges de guitare électrique, elle s’avance précautionneusement, comme à tâtons, dans le brouillard réverbéré – chant saturé, doublé par la voix magnifique de Marcella Riccardi, que l’on retrouve avec grand plaisir sur la plupart des morceaux ; elle éclaire ce disque somptueux, dont le psychédélisme au ralenti parfois lorgne vers The Warlocks ou The Besnard Lakes. Dans la foulée, surgissant de la brume drone, la mélopée Salvation s’illumine jusque dans son refrain solaire de balalaïka – il y a du Low dans l’air. Accompagné par le bassiste Alfonso De Marco et le multi-instrumentiste Cesare Basile, Silent Carnival passe de sommets lysergiques en vallées quiètes, convoquant Lou Reed (la mélodie de la ballade folk Facing the Outside), Spain et Red House Painters – lap steel guitar, quelques notes de piano, corps et cœurs en suspension (Song for a Mirror). C’est ainsi qu’oscille Liminal, entre ritournelles acoustiques enregistrées au plus près du microphone et titres plus atmosphériques, où les vocalises se drapent dans un nuage de reverb : sur le fragile Absence, on sent littéralement la flamme d’une bougie vaciller, tandis que le psychédélique Daze se pare d’un mood cold-wave assez glaçant – dualité néanmoins absolument cohérente, comme si Marco Giambrone vous embarquait pour une virée nocturne. Vous aurez l’ivresse rapide, tant le disque est beau, mais vous gagneriez à vous poser, prendre le temps d’observer les détails et percevoir ce qui se dessine dans l’obscurité : ombre de l’ombre ? Gros coup de cœur.