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Salem (Massachusetts), terre de sorcières. Sur la pochette du premier album de Porcelain Hearts, une jeune femme aux cheveux longs contemple la lune ; l’entoure un halo de mots, ceux de Sylvia Plath ; indices d’une promesse de folk mélancolique et lettré, nourri d’influences sensibles allant d’Emily Dickinson à Joanna Newsom. Mais l’habit, mais le moine, mais la lecture des crédits du disque laisse apparaître une Silvia en lieu et place de notre chère Sylvia : l’on se dit qu’une telle coquille, aussi infime soit-elle, est un mauvais présage. Orthographier correctement les noms des artistes dont on s’inspire ne me paraît pas insurmontable, d’autant plus quand on revendique une certaine préciosité – l’on verra plus que tard que ce détail a son importance. Alors que chez nous l’honni emo est cantonné à une époque – la fin des années 2000 – et quelques (involontairement drôlatiques) marqueurs esthétiques (textes geignards, enrobage sonore FM, gel dans les cheveux), il a aux USA perduré et fait flores sous d’autres formes, à tel point qu’il est parfois difficile de le détecter. C’est sous cet angle qu’il convient d’appréhender un Rosemary reprenant les codes du gothic folk sans pour autant en saisir l’essence : le projet collaboratif mené par Dani Giguere (Gingerbee), où chaque musicien a enregistré dans son coin ses arrangements, est à la limite de la parodie – ballades ternaires emphatiques oscillant entre Beirut et Anohni and the Johnsons, empilement de glockenspiel, d’accordéon, de piano, de clarinette, de saxophone, de violoncelle et de violon, on arrose le tout de vocalises dégoulinantes et de réverbération, indigestion garantie. Certes, durant l’introductif Venus / Mascara, on se dit « chouette découverte », mais dès Vestige le charme disparaît, d’autant plus quand l’on comprend que les comparses de Dani se contentent de suivre des grilles d’accords basiques – en matière d’écriture l’on a connu plus inspiré. Si l’entraînante Asteria s’avère plaisante et fait penser aux Guillemots, la catastrophique reprise du In Dreams de Roy Orbison est aussi drôle que malaisante. À sauver du naufrage : l’interprétation de Daniella C (Severine), qui chante vraiment bien, et le conclusif Endless, Dreamless, tout simplement parce que c’est le dernier morceau. Vous me direz, à quoi bon évoquer un disque aussi médiocre ? Hé bien, parce que l’inoffensif Rosemary est le symptôme de l’appropriation, par une génération amorphe dépourvue de réelle ambition artistique, de codes sociologiques et de références culturelles dont par ailleurs elle se contrefiche, se contentant d’en singer les principales caractéristiques, notamment visuelles, pour en faire de la bouillie – confère l’hyperpop, qui reprend le catéchisme emo. En musique, recycler, c’est la base ; mais recycler un truc aussi abominable que l’emo, et faire croire que c’est autre chose, c’est NON. Et donc, à défaut de vaccin contre ce virus, qui malheureusement sévit jusque dans l’underground (exemple du rock slacker US), le docteur ADA vous recommande la plus grande vigilance : ne vous laissez pas attendrir par un cœur en porcelaine, au motif que c’est fragile, donc précieux – au contraire, sautez-dessus à pieds joints. L’univers vous en saura gré.




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