27 février 2026 / Canada Dry. Vous vous souvenez de ce soda peu ragoûtant dont l’argument publicitaire reposait sur le fait que ça ressemblait à de l’alcool ? Moi oui, et enfant – en terrasse, un verre de Canada Dry à la main –, je m’esclaffais intérieurement à l’idée que les gens puissent penser que je boive de la bière. « Quel homme ! », m’imaginais-je commenter la foule admirative en m’observant avaler des litres de Canada Dry. Et quel marketing à la con, surtout ! Pourquoi ne pas faire pareil avec du jus d’orange (« oh, trop la classe, il boit du punch ») ou du jus de raisin (« quelle vigueur, quelle énergie, quelle affirmation de soi ! ») ? Bon, on avait aussi les clopes en chocolat, et les pailles en plastique remplies de poudre acidulée, on pensait qu’être adultes, c’était se la coller par tous les moyens disponibles, sous le regard bienveillant de nos parents qui collectionnaient les recueils de photographies de David Hamilton. Il en va ainsi du rock’n roll, qui d’Elvis Presley aux Sex Pistols, n’a pas manqué de nous vendre une rébellion en toc, dont les avatars les plus récents se produisent sur la scène du Hellfest ou des Grammy Awards (coucou Billie Eilish !). A l’écoute de When A Flower Doesn’t Grow, le premier album de Softcult, duo canadien (vous me voyez venir) formé en 2020 par les sœurs Arn-Horn, je ne peux pas m’empêcher de tiquer, tant tout est trop lisse. Storytelling patient (un quatuor de EP pour faire monter la sauce), nobles références (My Bloody Valentine, Bikini Kill, Deftones), imagerie travaillée (un look post-riot-gothique à la Avril Lavigne). Quant au passé (passif ?), il est balayé du revers de la main : Mercedes et Phoenix ont durant leur adolescence œuvré au sein du dispensable combo pop punk Courage My Love, signé chez Warner. On peut très bien s’abstraire du mainstream et mener une carrière underground très honorable, mais de là à faire sans arrières-pensées l’apologie du DIY, hum hum, j’y crois peu, tant l’on connaît le pouvoir hypnotique de l’amertume. Cela étant, si l’on se concentre uniquement sur les onze compositions de l’inaugural When A Flower Doesn’t Grow, aucune ignominie : l’on oscille entre jangle pop shoegaze rappelant les Cocteau Twins (Pill To Swallow), ritournelle catchy aux guitares scintillantes évoquant les Throwing Muses (Queen Of Nothing) et éruptions punky (She Said, He Said). Certes, on a la réverbération et le mur de saturation et les harmonies vocales entremêlées et les arpèges répétitifs et les ponts bedroom pop et les claviers planants, mais tout sonne un peu creux. Aucune mélodie mémorable, l’énergie ne compense rien, et même quand Softcult s’aventure dans le dark folk, c’est fade. Un truc tout bête : il faudrait savoir prolonger l’instant, à l’instar du cotonneux I Held You Like Glass qui - une fois enfin en place - s’arrête trop vite. Et puis bon, certains arrangements sonnent Evanescence (Naive) et Muse (16/25), en matière de street crédibilité, on a connu mieux . Donc, pour en revenir à ce fameux Canada Dry, Softcult se veut punk et shoegaze, mais n’est ni punk ni shoegaze, le duo canadien n’étant rien d’autre qu’un énième ersatz de variété emo qui trompera certainement l’auditeur distrait ou le lecteur des Inkrokruptibles. Pschitt !