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Je ne sais pas si Tendinite joue les oiseaux de mauvais augure ( une expression qui fleure bon la France d’entre Antoine Pinay et Yvette Roudy) mais baptiser son nouvel album The Great Depression a quelque chose d’étrangement prophétique. À l’heure où l’histoire semble reprendre de mauvaises habitudes, la référence à 1929 ne sonne pas seulement comme une figure de style. À l’époque, l’économie avait ouvert la voie à la barbarie. Aujourd’hui, il n’est pas impossible que la barbarie s’en charge directement, court-circuitant au passage la traditionnelle brouette de billets. Mais ne noircissons pas davantage le tableau : Tendinite s’en charge très bien tout seul.

Le trio rémois, boogie noise-punk, disent-ils eux-mêmes, n’est pas exactement un nouveau venu. Depuis 2018, le groupe aligne albums et EP avec une obstination presque artisanale. Parmi eux, Neither/Nor en 2021 et un split l’an dernier avec Demon Juice, deux jalons qui avaient déjà attiré l’oreille.

The Great Depression aura pris son temps : trois années d’écriture entre 2020 et 2023, quatre jours d’enregistrement dans un hiver 2024 visiblement peu propice à la lumière, puis un long travail de finition. Une gestation lente pour un disque qui, lui, n’a rien de contemplatif.

Car derrière l’illusion d’un départ presque dansant (By My Luck), Tendinite branche très vite la prise haute tension. On pense parfois à un Bob Mould des grands jours : la mélodie toujours là, mais électrifiée jusqu’à l’os, comme si quelqu’un avait décidé de serrer les dents et de ne plus lâcher le câble. Avec Evid(off)ence, le groupe donne le signal de la charge. Et la suite ressemble à une guérilla sonore menée contre la torpeur générale et la fatigue morale de l’époque. Tendinite ne se contente pas d’exprimer la colère : il la met en mouvement. Glory in Pain, tendu comme un ressort, fonctionne comme un moteur rythmique impossible à arrêter. The King and the Clown, lui, avance à pas plus lents, avec une ironie froide et une mélopée presque hypnotique, comme si une sirène venait souffler à l’oreille du capitaine qu’il serait peut-être temps de changer de cap.

Tendu sans jamais rompre, The Great Depression avance ainsi sur une ligne électrique constante, refusant les effets de manche comme les respirations inutiles. Dix morceaux qui rappellent que si l’époque a parfois des airs de précipice, il reste encore une manière d’y faire face : transformer l’angoisse en énergie.

Catharsis par saturation.




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