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Par un curieux hasard, le nouvel album de Crooked Fingers sort le même jour que la version augmentée du mirifique Andrew Bird & The Mysterious Production of Eggs, initialement publié il y a vingt ans et dont j’avais pu – un soir d’octobre 2005 dans un club à Stockholm – entendre en live quelques perles chères à ma mémoire. Concert mémorable que le one-man-show – délicat et aventureux – du magicien Andrew Bird, précédé par un agréable set acoustique d’Eric Bachmann, honnête artisan de la nouvelle nouvelle nouvelle vague folk qui sévissait à l’époque et dont j’avais acheté l’honorable Dignity and Shame, avant de l’enterrer sous une pile de disques bien meilleurs – il faut dire que l’époque était riche en œuvres consistantes. Membre originel des méconnus Archers of Loaf, associés à la scène de Chapel Hill, dans laquelle on retrouve des groupes tels que Superchunk et Polvo, Crooked Fingers a publié une poignée d’albums passés plus ou moins passés inaperçus, et ce n’est malheureusement pas ce Swet Deth à l’intitulé pince-sans-rire qui devrait changer la donne, malgré la présence de Matt Berninger et Sharon Van Etten. Le premier assure le service minimum sur la ritournelle sautillante From All Ways, ballade folk portée par des claviers cheap et une boîte à rythmes vintage ; la seconde évoque Cyndi Lauper sur l’électropop Haunted, étrange. Entre les deux, la poussive jangle pop électrifiée Cold Waves, la countrypop Spray Tan Speed Queen (In a German Car), soit Wilco sans l’inventivité, ou encore la complainte soul Insomnia, légèrement chaloupée : rien de honteux, non, d’autant plus que Swet Deth se pare de groove (Empty Love and Cheap Thrills), de lounge (Empty Love and Cheap Thrills) et d’americana (Lena). Si parfois l’ensemble brille – digressions psychédéliques, empilement de chœurs féminins, arrangements tournoyants (Hospital) –, ça vire à la récitation, telle que sur un (I’m Your) Bodhisattva évoquant Lee Hazlewood, mais alourdi par des guitares saturées trop bavardes. Il semblerait que l’épure réussisse mieux à Crooked Fingers, et ce n’est pas le conclusif Steady Now qui nous contredira. Si le disque manque de mélodies mémorables ou de personnalité, il n’en reste pas moins de la belle ouvrage, à glisser dans l’autoradio durant une virée en bagnole en bord de mer, entre Brest et Landunvez.




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