20 mars 2026 / La petite histoire raconte que c’est le cœur en miettes que Samuel Beam s’est enfermé dans une cabane en forêt pour enregistrer sur son vieux magnétophone un premier album particulièrement bien accueilli par la critique. Nous étions en 2002 : fort de la mélancolie folk de The Creek Drank The Cradle, Iron & Wine – prosaïque patronyme inspiré par un complément alimentaire – se faisait l’héritier rupestre et lo-fi de Nick Drake. La petite histoire nous dit également que sa fille Arden, née quelques mois avant un deuxième opus Our Endless Numbered Days (2004) aux ventes très correctes, chante sur quelques morceaux du nouveau Iron & Wine et s’en sort très bien, illuminant (entre autres) l’introductive ballade country folk Roses, dont la théâtralité ornementale se double d’un psychédélisme foisonnant, à tel point que l’on croirait écouter un générique de film – de quoi nous rappeler que le cinéma reste le grand amour de Sam. Enfin, malicieuse, la petite histoire nous murmure à l’oreille que Hen’s Teeth a été capté en studio à Laurel Canyon et malheureusement – sauf à ce que l’on apprécie la pop-folk lounge des seventies californiennes – ça s’entend : arrangements sirupeux, bavardages de hippies, groove du troisième âge ; dix titres durant l’on se dit que certains artistes devraient être interdits de bonheur. Les violons crin-crin de la ritournelle Paper and Stone, le swing raide de Singing Saw, le mood Eagles du démonstratif In Your Ocean, les sifflotements et motifs hispanisants de Defiance, Ohio ? Too much, et ce n’est pas le trio I’m with Her, invité sur la décousue Robin’s Egg et sur la brise-du-soir-espoir Wait Up, qui va changer la donne. Pour des raisons diamétralement opposées, la rengaine Grace Notes et la mélopée Dates and Dead People s’en sortent mieux : la première parce que portée par une mélodie entêtante, la seconde parce qu’assumant pleinement – pendant plus de six minutes – son chamanisme tournoyant. Hen’s Teeth a le défaut des œuvres enthousiastes, qui débordent et peinent à suivre une ligne directrice, oubliant ce qui fait le cœur d’une vraie bonne chanson : un air à fredonner, une humeur à décanter. Et de préférence une humeur maussade, parce que la musique triste dure plus longtemps.