25 mars 2026 / Toi qui entre ici, moral en berne, le visage grimé, sous ta cape d’ombre, épaules voûtées, abandonne tout espoir d’entendre de la coldwave ! Dans la lignée des deux albums précédents, And Also The Trees nous offre un recueil de chansons soyeuses, quiètes et habitées, aussi belles qu’épurées, comme composées par un Nick Cave débarrassé de toute appétence pour la grandiloquence ou tentation maniériste. Mené par les éternels Simon Huw Jones et son frère Justin Jones, le groupe formé à Inkberrow en 1979 aura – sans errement artistique – tranquillement traversé les décennies, au point de bâtir non pas une cathédrale gothique rêvée par un Huysmans fébrile, mais une chapelle aux murs blanchis, probablement romane, assoupie à l’ombre d’un saule pleureur. Quel plaisir de retrouver ce jeu de guitare si particulier, dont la sonorité évoque la mandoline, voire le bouzouki, comme sur la merveilleuse ballade introductive The Silver Key, tout en retenue, dont la dynamique repose sur le dialogue entre la rythmique et la scansion vocale – à l’horizon, la Grèce de Léonard Cohen, mais également le Los Angeles des années 50 (air de roman noir que le lancinant Beginning Of The End), ou quelque port désaffecté du golfe de Gênes ; The Trickster et son accordéon vous emportent dans une vague de douce mélancolie, vous caressent puis vous rejettent sur le sable gris perle. C’est la grande force de The Devil’s Door, que de ne jamais forcer le trait : enchaînant les ballades orfévrées, ici enluminées de clarinette (The Crosshair), là de cordes ombrageuses (la violoniste belge Catherine Graindorge officie sur la marche funèbre The Rifleman’s Wedding), And Also The Trees nous donne une leçon d’équilibrisme, évoquant parfois Lee Hazlewood ou les Tindersticks (The Child In You), et nous rappellent humblement à quel point il est difficile de sonner simple. La classe absolue.