25 mars 2026 / Pas vraiment punk, les Chalk de Belfast, sauf à s’arrêter sur l’introductive Tongue, dont la frontalité techno dance, lacérée de riffs de guitares hypnotiques et de rythmiques saturées jusqu’à la transe, se fait l’écho d’une rébellion en toc depuis longtemps révolue. L’attendu Crystalpunk s’ouvrant sur une (réjouissante) fausse piste, c’est plutôt du côté d’Underworld et des acidulées années 90 britanniques qu’il faudra rapprocher le premier album du duo nord-irlandais. De Leftfield à Prodigy, en passant par Orbital et le big beat, en voilà de bien étonnantes réminiscences, que nous pensions (espérions ?) à tout jamais jetées aux oubliettes de l’histoire de la pop music. C’était Trainspotting, c’était les travellers, c’était les tee-shirts tribaux délavés : c’était moche, c’était mauvais, c’était anglais. À croire que Ross Cullen et Benedict Goddard, les deux multi-instrumentistes derrière Chalk, sont de fringants quinquagénaires sur le retour, mais non, ils n’auront même pas l’excuse de la sénilité pour justifier un tel niveau de rouerie, de paresse, de ringardise. Entre l’utilisation forcenée de l’autotune (I.D.C.), la fausse gouaille piquée aux voisins de Fontaines D.C. (Pain), les inflexions emo-teen (Longer), les lourdeurs rave-jungle (Can’t Feel It) et les morceaux bouche-trous (Ache), pas grand-chose à sauver, y compris les huit minutes de Béal Feirste, sensée glorifier – à la manière lyrique d’un James Joyce épris de Dublin – leur ville natale. C’est néanmoins avec la rengaine électro One-Nine-Eight-Zero que le duo touche le fond, si tant soit peu il restait quelque chose à creuser : impossible de ne pas penser à l’irrésistible I Gotta Feeling des très dispensables Black Eyed Peas – oui, j’adore ce morceau, et quel bonheur pour moi quand en 2011 Mac Donald’s offrait pour l’achat d’un menu une petite boîte à musique en plastique à l’effigie de Fergie et ses acolytes, dans laquelle vous pouviez insérer la cartouche de I Gotta Feeling, et ce fichu gadget parfois lançait la musique sans que vous le lui demandiez, et ensuite toute la fichue journée et la nuit qui s’ensuivait vous aviez en tête l’air de I Gotta Feeling, impossible de s’en débarrasser… et maintenant c’est votre tour. « I gotta feeling... That tonight’s gonna be a good night. That tonight’s gonna be a good night. That tonight’s gonna be a good good night. I gotta feeling. »