30 mars 2026 / Qu’on le veuille ou non, la France n’est pas un pays de rock’n roll. Au mieux, l’on imite, au pire, l’on pastiche. Underground, mainstream, même combat – perdu d’avance, malgré l’existence d’Internet qui par mille multiplie nos chances de coups de cœur. Avant la toile d’araignée ? L’auditeur s’en remettait aux prescripteurs. Et pour les musiciens, nul espoir de diffusion sans passer par les cases label, studio et médias traditionnels. Un chemin de croix qui ne vous garantissait rien, pas même un embryon de carrière, d’autant plus lorsque vous chantiez en anglais. Au pays de Johnny, un suicide commercial. Alors, quand De Medicis a signé chez New Rose Records, tous les espoirs étaient permis. Rendez-vous compte, sur la foi de quelques maquettes, le trio grenoblois se voyait hébergé par label des Fleshtones, des Cramps et du Gun Club, énorme ! S’ensuivit la parution – en 1991 – d’un premier opus éponyme, tièdement accueilli par la critique (bah oui, un groupe français qui chante en anglais…), dont les ventes modestes n’empêcheront pas le chanteur bassiste Jérôme Planchenault et ses acolytes – le guitariste Jean-Michel Larue et le batteur Japy Lo Pinto – de tourner et d’assurer les premières parties de Noir Désir, New Model Army ou Passion Fodder. Plus tard, changement de personnel, de manager, séparation avec le label, puis séparation tout court, laissant un album (Dans la poussière) sur le carreau. Fin de l’histoire ? On a récemment croisé Jérôme chez TO/X et Japy au sein de Wendy Pot (chouette disque que leur Poppy Field, publié en 2024), mais aujourd’hui, ce qui nous intéresse, c’est la réédition de De Medicis, œuvre inaugurale moins maudite que méconnue, qui – grâce à une production sobre et des arrangements lettrés – a plutôt bien résisté aux outrages du temps. L’on retrouve certains marqueurs de l’époque, la réverbération, le chorus, les guitares arpégées en son clair, les notes longues sur les harmonies vocales, mais l’ensemble fait preuve d’un indéniable classicisme, en grande partie parce que les Grenoblois savaient trousser de vraies chansons. Et puis, quelle énergie ! Qu’il s’agisse de pop teintée de shoegaze (Hellish Hole), de power ballad (The Wind) ou de pub rock (Stray Dog), De Medicis prend un soin tout particulier à poser l’ambiance et ciseler les mélodies, pour qu’à la fin de chaque chanson, il reste au creux de la mémoire quelque chose à entendre. Au niveau des influences, l’on pense pêle-mêle au rock océanien (l’âpreté des Saints & la douceur du Dunedin sound), aux Smiths (les motifs de guitare arpégée), aux Stooges, aux Only Ones (le refrain de l’incantatoire The Storm), à House Of Love (le catchy Elodï), à James, à Peter Astor (la ballade Countryman, qui vire flamenco, ébouriffant), aux Young Marble Giants, à Love and Rockets et même à U2 (Stupid Lovers), bref, vous l’aurez compris, nous sommes entre gens de bons goûts. Plus dispensables, car moins dandy, sont Il est né (Le divin enfant) et la reprise en français du Children of the Revolution de T. Rex, mais elles donnent à imaginer la puissance de feu du groupe sur scène, tandis que la noisy pop pointait le bout de son nez. Plus qu’une simple madeleine musicale, la réédition remastérisée de De Medicis est l’occasion de (re)découvrir un groupe qui aurait mérité une bien meilleure destinée.