9 avril 2026 / Mignardise que la mélancolique The Fig Tree, ballade folk aux arrangements soyeux, portée par des harmonies vocales de toute beauté et figurant au programme du 65ᵉ volume de nos vénérables compilations. Inspirée par John Prine et Sybille Baier, Alizon Pergher est loin d’être chez nous une parfaite inconnue : on l’aura croisée aux côtés de Nick Wheeldon, ou au sein de projets tels que Suzie & Alizon (avec Suzy Cachemire, que l’on retrouve ici aux chœurs et à la guitare), Blue Tampax (avec Sylvia Hansel) et Quiche My Ass (avec Florence Besse). En une décennie, Alizon a posé les bases d’une discographie solide, qui s’enrichit – avec l’intimiste et néanmoins solaire Creatures of the Deep – d’un nouvel album, enregistré en Gironde et pour lequel elle a collaboré avec le batteur Jérôme Magat, le saxophoniste Jules Savès et le multi-instrumentiste Stéphane Jach, à la baguette derrière le récent Esconaquito de Jach Ernest, qui nous avait particulièrement bottés – Alizon faisant bien entendu partie de la petite troupe bordelaise. De l’inaugurale ritournelle catchy It’s Okay to Fall, enrobée de trompette et de violon, à la ballade country Endless Streams, en passant par la courte rengaine Song for my Friend, Alizon nous ouvre les portes d’un univers caressant, situé à mi-chemin entre pop et folk, à l’instar de l’americana Let the Night Be Kind, placide comme du Lambchop mais dont la décontraction est digne des Breeders. Plus loin, la vaporeuse I Realise et sa batterie tranquille se teintent de jazz, quand l’ambitieuse The Gift of Glow nous fait basculer – allez savoir pourquoi – dans un monde imaginaire, qui transposerait Breakfast at Tiffany’s dans un village du Far West. Étrange analogie, mais la pétillante rythmique au ralenti, mais les arrangements de cordes sixties, mais le saxophone : tout pétille lentement, c’est Audrey Hepburn en plein cagnard, sur un canasson moribond elle sourit, il y a dans l’air lourd une euphorie cinématographique – la musique d’Alizon porte en elle des images mentales. The Years Can Go ? Ni triste, ni joyeux, réflexif et léger à point, c’est The Wizard of Oz. Et la subtile Alizon, une fine mélodiste, aux doigts lestes et au chant réconfortant. Délicieux.