9 avril 2026 / Inusable Motorpsycho. Bientôt quarante ans que les Norvégiens labourent le sillon d’un rock psychédélique aussi vorace qu’une étoile noire, absorbant sans distinction – de genre ni de classe – les registres qu’ils (s)abordent. Hard-rock, heavy metal, post-rock, noise, prog-rock, jazz, space-rock, tout y passe, la science-fiction ou l’opéra, et même le cinéma – confère la bande-son du western spaghetti imaginaire The Tussler. Membres originels du groupe fondé à Trondheim en 1999, les vrombissants Bent Sæther et Hans Magnus Ryan excellent dans le collage sonore, à l’instar de l’hallucination auditive TSMcR qui, dans un mélange de skiffle et de hard bop, marie Residents et Beatles, tandis que la solaire Black As Night et son lyrisme à la Aquarius / Let the Sunshine In évoque les Kinks tout autant que Led Zeppelin : ébouriffant. Portés par une section rythmique en ébullition (The Great Stash Robbery, au groove digne de Noël Redding et Mitch Mitchel), locomotive de l’acidulé The Gaia ll Space Corps (très hippie, faux airs des Mamas and the Papas), shuffle sur l’incantation mélancolique The Hornet (final à la Pink Floyd) ou rouleau compresseur sans pitié (Fanny Again), les sept titres de ce (environ) trentième album s’avèrent aussi concis que fouillis, ce qui n’est pas un mince exploit. Ponts expérimentaux, claviers planants, digressions harmoniques, bourdons, virages inattendus, solos de guitare électrique baveux, improvisation, glorieuses cavalcades : tout tient en 35 courtes minutes mais l’effet d’une telle bourrasque sonore se dissipera lentement, tandis qu’au loin, sur les sommets, main dans la main pérégrinent – réconciliés – hippies et metalleux, qui sont les deux faces de la même pièce de monnaie, miraculeusement tombée sur la tranche. Grandiose.