29 avril 2026 / C’est avec plaisir qu’à intervalles réguliers nous recevons des nouvelles de Jonathan Bénisty, dont les albums Les variations de l’ether (2008) et Pénélope Circus (2015) nous avaient particulièrement charmés. L’ancien bassiste des Fatals Picards revient avec un cinquième opus, enregistré au Cameroun et riche d’un instrumentarium à même d’agrémenter nos voyages intérieurs – d’un vent rêveur, caresser l’âme, cajoler les cœurs. Balafon, sanza, guitarron, cigarbox, flûte pygmée, lit de percussions hypnotiques, tout concourt à faire du foisonnant Memwar une œuvre au long cours. Épaulé par Michel Nkouaga, l’Avignonnais alterne mélodies lumineuses – Breathe, lente ballade contemplative portée par des cuivres, un piano et des arpèges de guitare –, intermèdes instrumentaux planants (l’évocateur Demain sous le sable) et chansons plus chaloupées : l’afro-funk Cavale, l’orientalisante Désert, la litanie Lonely, à cheval entre la Réunion et les Caraïbe. Travail d’orfèvre que la production, aussi précise que souple, qui – mariant circonvolutions ornementales et arrangements millimétrés – favorise un syncrétisme indubitablement naturaliste. Les détails étonnent, mais ne détonnent pas : tout est à sa place. Memwar laisse à entendre du jazz, de la folk (la mélopée Kama), de la pop (très rafraîchissante comptine que The Bee, vive le mélodica !) et même du post-rock, teinté d’afrobeat : sommet que le lancinant Je t’aimerai encore. Jonathan Bénisty est partageur et aime à bien s’entourer. La vocaliste Paul’Or renforce à merveille les lignes harmoniques de l’ensemble, tandis que le photographe Johann Fournier, auteur du visuel du disque, signe trois textes initiatiques, dont celui de l’élégante ritournelle Que ce monde était beau, constat faussement pessimiste qui se conjugue au présent et résume le fil conducteur humaniste d’un Memwar dont on se souviendra longtemps.