29 avril 2026 / Symbole d’une nature douce et bienfaisante, le tilleul – tel que chanté dans le fameux Winterreise de Franz Schubert – n’en demeure pas moins, si l’on se réfère à certaines versions de Hänsel und Gretel ou Baba Yaga, ensorceleur, voire maléfique. Toute dualité parfaitement assumée par Lime Garden, quatuor formé sur les bancs du lycée qui – dans la foulée de Wet Leg et consorts – s’est vu, après la parution de l’inaugural One More Thing (2024), propulsé au rang d’espoir de la scène indie-girlie anglaise. Leur nouvel album, Maybe Not Tonight, leur fera-t-il passer un cap ? À l’instar des Wet Leg, Chloé Howard et ses acolytes ont le goût des gimmicks sautillants, de la citation malicieuse, de la vraie-fausse nonchalance. Malheureusement, elles peinent à écrire des mélodies imparables. Pour emporter l’adhésion, il s’agira de miser sur l’énergie, qu’il s’agisse de l’électro post-punk All Bad Parts et ses guitares électriques évoquant Bloc Party, du baggy Cross My Heart et sa basse groovy qui fleure bon les Happy Mondays, du discoïde Maybe Not Tonight ou du punky 23, dont le beat, curieusement, rappelle celui de l’Aserejé des Las Ketchup. Il faudra également faire preuve d’une finesse bienvenue, telle que sur le minimaliste Downtown Lover, à cheval entre Weezer et les Pixies, ou sur la ritournelle pop grungy Do You Know What I’m Thinking, mi Throwing Muses mi Grandaddy. Jusqu’ici, (presque) tout va bien. Il ne manque que la chanson qui tue mais, à compter de Body – plus sombre et paradoxalement plaisant, alors que le morceau se veut clairement mainstream – les Lime Garden perdent le fil, probablement plombées par leur ambition narrative. En effet, le disque raconte une histoire, celle d’une virée nocturne au pays du binge drinking, du premier verre à la désillusion. Les mots sont drôles, les mots sont crus, les mots mordillent : « I just wanna bop my head and smoke a cigarette / I wanna do it ’til my lungs go brown without any regret / I wanna kiss a stranger, make them feel like they’re the one ». Quand la soirée devient morose, le moral aussi, et par solidarité les compositions plongent elles aussi : mood Interpol sur l’intense Lifestyle, qui – en vain – cherche l’hymne, pont électro ultracheap sur la girouette Undressed, qui ne sait pas quoi faire ou aller, quête de l’épique sur un Always Talking About You que l’on croirait joué par nos mollassons nationaux de Phoenix – épique et Phoenix dans la même phrase, ça colle pas. Sur le nouvel album de Lime Garden, il y a clairement une zone grise, indécise et indépassable, un ventre mou qui modère notre enthousiasme, mais Maybe Not Tonight n’en reste pas moins très honorable – une poire pour la soif, donc, en attendant mieux.