29 avril 2026 / Étrange carrière que celle des WU LYF, qui se séparèrent juste après avoir publié un premier album remarquable (Go Tell Fire to the Mountain, 2011), vénéré en ces pages et resté orphelin jusqu’à la reformation surprise du groupe mancunien, annoncée l’année dernière à l’occasion de la publication du single A new life is coming. Une nouvelle vie, vraiment ? Grandement inspirés par l’idéologie anarchiste (l’acronyme WU LYF signifierait World Unite ! Lucifer Youth Foundation), Ellery James Roberts et ses acolytes disaient à l’époque ne pas supporter le succès et les contraintes qu’il engendre – ils ont mûri, et ça s’entend, à tel point que l’incandescent A Wave That Will Never Break semble avoir été composé par des vieux de la vieille, échappés d’un studio enfumé du siècle écoulé : ce disque est une véritable capsule spatio-temporelle, qui poussera le réalisme jusqu’à filer la nausée à l’auditeur-voyageur. Dès la première mesure, l’inaugurale Love Your Fate vous secouera des pieds à la tête. Imaginez une cavalcade psych-rock, sur une suite d’accords mièvre ; la rythmique échevelée, rouleau compresseur ; le chant éraillé, qui semble sortir des tripes de Joe Cocker ; la fausse bonne idée, une immonde digression jazz-math – le tout dans un enrobage sonore hard FM. Dans quel pub-rock de l’enfer me suis-je égaré ??? Si vous aimez la flamboyance et les chanteurs éraillés, alors le bouillant brouillon Robe of Glory vous charmera – une pincée de heavy metal, un zeste de prog-rock, une tonne de dramaturgie, à s’en arracher les poumons, je commence à fatiguer. Sauf qu’en moi un truc étrange se passe. Le second souffle. Au moment où j’allais – de guerre lasse – abandonner, miracle, Letting Go me prend par la main. Introduction feelgood à base de piano et de guitares aériennes, le soleil se lève, c’est l’heure de se lever, après mon bol de Ricoré, j’ai une folle envie de dépenser mon énergie, de courir dans un stade vide, le poing au ciel, ouais, je veux intégrer l’équipe des Panthers de Dillon ou assister à un concert de Bruce Springsteen… La chanson monte et monte et monte et délivre son message lumineux, c’est le déclic : j’aime le rock héroïque. Curieusement exigeant, car très accessible, le nouvel album de WU LYF demande une période d’adaptation. Une fois digérés les kilos de kouglof, nous voilà sur la piste, prêts à brûler de la gomme de Doc Martens. Les premiers morceaux vous faisaient parfois penser aux Waterboys ou à Frightened Rabbit ? La suite envoie du lourd : dix minutes durant, la ballade heavy soul Tib St. Tabernacle convie Led Zeppelin et Pink Floyd, tandis que la mélopée Wave évoque U2 (époque Daniel Lanois), et que la proprette ballade FM At the End of the Day (It Is What It Is) rappelle Nick Cave (époque Papy Nick). Le lecteur intrigué objectivera que de telles analogies ne font pas rêver et penchent plutôt du côté bourrin de la force, mais si on accepte de débrancher son cerveau, de se plonger dans la marmite stadium-rock et se laisser irriguer les tympans par la belle énergie qui émane de WU LYF, alors on en tirera un probable bénéfice. World Unite ! Love You Forever.