> Critiques > Labellisés



Coïncidence ? Après cinq ans d’absence, les New-yorkais de They Might Be Giants sortent un nouvel (et vingt-quatrième) album, au moment même où l’antédiluvienne série télévisée Malcolm In The Middle, dont ils avaient en 1999 composé le fougueux générique d’ouverture, fait l’objet d’une suite apparemment mitigée, qui n’empêchera pas KFC de vendre, chaussettes collector à l’appui, des flopées de menus Poupi Poulet (« Toi t’es frit, toi t’es frit, toi j’te mange »). Quand les saltimbanques s’aventurent à Hollywood, c’est souvent inattendu, parfois savoureux, et ça permet à des Jonathan Richman (chez les frères Farrelly), Lou Barlow (tuerie que la bande son du Kids de Larry Clark) et autres Death Cab for Cutie d’élargir – temporairement – leur audience. À la suite de cette incursion auréolée de succès dans les médias mainstream, le combo formé en 1982 par John Flansburgh et John Linnell s’offrira le luxe de hausser les épaules et bosser à son rythme, empilant disques foisonnants mais confidentiels, ou destinés aux moutons (la publicité Bastard Wants to Hit Me), aux poissons (la comédie musicale SpongeBob SquarePants) et aux enfants (Here Come the 123s : hop, une victoire au Grammy Awards !). Précédent le sémillant The World Is To Dig, dont l’intitulé s’inspire d’un roman de Ruth Krauss (A Hole Is to Dig), le très court EP Eyeball, publié en début d’année et en catimini, nous avait mis l’eau à la bouche : quatre titres, huit minutes, un condensé d’inventivité débridée – jubilatoire. Eyeball est un opéra miniature qui – oscillant entre premier et second degré – évoque les Kinks, David Bowie et The Muppet Show. Baroque et catchy, mélodie qui tue, chœurs narquois, les mecs sont forts, tout comme le remix signé Elegant Too. Les deux autres morceaux ? Une ballade lounge gorgée de cuivres, agrémentée de paroles absolument caustiques et d’un pont prog-rock mal(f)aisant (The Glamour of Rock), ainsi qu’une très cinématographique Peggy Guggenheim, au groove soul funk rappelant la blaxploitation tout autant que le The Pink Panther de Blake Edwards. L’air de rien, les They Might Be Giants sont en forme olympique, et ce ne sont pas les dix-huit compositions de leur nouvel opus qui nous contrediront. Sur la jangle pop ligne claire Wu-Tang, espièglerie, mélancolie, refrains à la REM, irrésistible ; sur la mélopée folk Sleep’s Older Sister, candeur teintée de spleen, dans le même œil, un sourire, une larmichette ; sur la pop song Outside Brain, juvénilité électrifiée, délicatement hirsute comme du Daniel Johnston ; sur le fuzzy early-Beatles Overnight Sensation (Hit Record), un truc un peu sudiste, un peu motard, un peu voyou. Rock de college radio à son apogée, très inspiré, rien à jeter, même le toc est assumé. Le secret ? Mises en boîte avant la publication du très expérimental Book (2020), une partie des chansons de The World Is To Dig furent ré-enregistrées sur un tempo plus élevé. Un truc digne des stratégies obliques de Brian Eno et Peter Schmidt, mais super efficace et qui offre aux They Might Be Giants une radiance à même de dissoudre du Tasty Crousty. Mieux qu’une excellente surprise, une (fausse) surprise excellente – fausse parce qu’on le savait, hein, que les deux John avaient plus d’un tour dans leur sac (à malice) : n’en déplaise à KFC, ils ne sont pas Giants pour rien.




 autres albums


aucune chronique du même artiste.

 interviews


aucune interview pour cet artiste.

 spéciales


aucune spéciale pour cet artiste.