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Un quart de siècle de carrière et Orwell reste ce nom qu’on murmure entre initiés, ce groupe que les gens découvrent par accident et dont ils ne parlent plus qu’à voix basse, comme s’ils craignaient de le partager trop largement. Composite, leur nouveau disque, ne va pas arranger ça, et c’est très bien ainsi. Jérôme Didelot a toujours su faire cohabiter des mondes qui s’ignorent ; la sophistication orchestrale et la mélodie directe, le français ciselé et l’émotion brute, l’intime et le grandiose. Cordes, chœurs, flûtes, vibraphone, une palette qui ferait fuir n’importe quel hipster pressé ou chroniqueur de webzine fatigué, mais qui entre les mains d’Orwell devient quelque chose d’étrangement physique, presque urgent. Il y a chez ce groupe une capacité rare à construire des architectures sonores complexes qui ne se révèlent qu’à la deuxième ou troisième écoute, le genre de disque qui grandit avec vous plutôt que de tout livrer d’un coup, peut être, et c’est malheureux, sa faille dans un monde qui accélère stupidement.

Tout jusqu’au bout (Solitaire), premier extrait, résume tout, une flûte obsédante qui ouvre, des violons qui s’accumulent par couches successives sans jamais étouffer, et ces textes à la syntaxe déréglée (et c’est un maitre en la matière qui vous en parle), Tout n’arrive qu’à moi, Tellement sans, qui fonctionnent comme des fins de phrases dont on n’aurait pas entendu le début. On croit comprendre, et puis quelque chose résiste, et c’est exactement là que le disque vit.

Ce qui est remarquable avec Composite, c’est qu’il ne ressemble pas à un disque anniversaire. Pas de nostalgie complaisante, pas de regard en arrière appuyé. Jérôme Didelot convoque ses fidèles collaborateurs, s’offre un mixage soigné aux petits oignons, et livre onze titres qui sonnent comme si tout restait encore à faire. Vingt-cinq ans après ses débuts, il ne fait pas le disque de la maturité attendrie, il fait celui de quelqu’un qui n’a toujours pas envie de rentrer dans le rang.

Dans le paysage de la pop française actuelle, obsédée par l’immédiateté et le format court, Composite ressemble furieusement à une anomalie précieuse. Le genre d’anomalie dont on a cruellement besoin.




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