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Vingt ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour que Chevreuil réapparaisse. Vingt ans pendant lesquels on aurait pu les croire définitivement rangés au rayon des groupes cultes qu’on réécoute en secret, ces disques enregistrés avec Steve Albini à Chicago qui circulent encore sous le manteau entre amateurs de rock minimal et abrasif. Et puis non. Julien F. et Tony C. ont remis la prise électrique dans le mur, leur seule exigence technique, et Stadium est là.

Le contexte du retour est à leur image, pas de grande réunion de stade, pas de tournée nostalgie. Juste une semaine ensemble à enregistrer le jour et cuisiner le soir, comme pour vérifier que la synergie tenait encore. Elle tient. Plus que jamais, même.

Ce qui frappe d’emblée avec Stadium, c’est que Chevreuil n’a pas cherché à se moderniser, et c’est précisément ce qui le rend étrangement actuel. Le dispositif est intact, batterie non amplifiée, immersion quadriphonique, guitare qui passe par quatre amplis entourant la batterie comme un champ de force. Sauf que cette fois, la guitare de Tony opère aussi comme un moteur électro-acoustique capable de générer des sonorités qu’on ne sait pas vraiment comment nommer. Pas tout à fait électroniques, pas tout à fait organiques , quelque chose entre les deux qui fait que Stadium sonne comme un disque de 2026 sans jamais trahir ce qu’ils ont toujours été.

Le format double LP structure l’expérience en séquences parallèles, quatre pièces par face, qu’on peut écouter comme deux albums distincts ou comme un seul continuum. C’est le genre de geste conceptuel qui aurait pu virer prétentieux, mais Chevreuil a toujours su que l’architecture ne vaut que si les fondations sont solides. Ici, elles le sont, le son est brut, physique, spatial, avec cette qualité particulière de musique qui occupe l’espace autant qu’elle le traverse.

Conceptuellement, le duo puise dans le magnétisme, la radioactivité, les oscillations barométriques (ressortez vos cours de physique chimie du Lycée) autant de façons de parler de forces invisibles qui transforment ce qu’elles touchent. C’est exactement ce que fait Stadium, il modifie quelque chose dans la façon dont vous entendez le silence après.




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