29 mai 2026 / « Premier jour sans toi, entre désert et Niagara, flottant tel du pollen, je parle avec ma peine ». Dès les premières mesures de la ritournelle Quelque part, ondoyante, drapée de guitares et de piano, le ton est donné. Hors monde, le sixième album d’Autour de Lucie sera mélancolique, ou ne sera pas. Et quoi de mieux – pour raviver nos printemps jamais perdus – que ce chant apaisé, ces arrangements ciselés, ces délicats glissements d’accords de mineur en majeur, marqueurs discrets que l’on appréciait déjà sur l’inaugural L’échappée belle, publié en 1994. Autre époque, qui voyait naître une certaine idée de la chanson française, pas farouche mais peu friande de variétoche : l’on se souviendra avec amusement de la grimace de Dominique A durant sa prestation aux Victoires de la musique, en 1996. Membre originel du groupe désormais duo, Valérie Leulliot trouve en Sébastien Lafargue un complément idéal. Sur ses mots à elle, il tisse des compositions électro-pop ligne claire (Pas dansé), des ballades folk-pop (Maybe par ici), des rengaines scintillantes (Diana). « Si je pouvais refaire un dernier tour sur moi-même » : vous la sentez, l’introspection ? Tranches de vie passées, passées en revue, passée au tamis de la mémoire de Valérie ; rendez-vous manqués (Mes raisons et son joli refrain), jeunesse insouciante (Mars 85) – « Tu as passé la nuit, mars 85 Olympia complet, balcon en haut à droite, jamais rien vu d’aussi charmant ». Parfois, l’ensemble ronronne, la faute à des mélodies peu marquantes et des ornementations sans relief, certaines chansons auraient gagné à se montrer plus âpres, ou plus incisives, mais tel n’a jamais été le fonds de commerce des artisans d’Autour de Lucie, dont on félicitera une fois encore la constance, la sobriété, la finesse – denrées rares qui rendent Hors monde d’autant plus précieux.