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Cela faisait 13 ans que les fans irréductibles et inconditionnels en tous genres attendaient cet album des Boards of Canada. Une attente si longue que l’on a pu se demander à un moment si ce n’était pas un buzz sans fondement, le duo écossais (Mike Sandison et Marcus Eoin) entretenant le mythe et les jeux de fausses pistes, mais toujours de manière subtile à l’instar de ce nouvel opus dantesque, intitulé d’ailleurs Inferno. Construit comme une bande-son de film irréel aux saveurs uchroniques, on ne sait jamais trop, et c’est là peut-être tout le charme, où les frontières de la bande magnétique, des gros samplers hardware, des logiciels ou des applis se trouvent dans ce drôle de cosmos. Juste après le morceau « Introit » à l’ambiance de générique télé désuet, « Prophecy At 1420 MHz » tape dans un mélange explosif de textures dark ambient, musiques du monde et d’éléments organiques exogènes. Les sons de flûte orientale et de guitare légèrement détunée accentuent l’atmosphère onirique, comme sortie d’un univers parallèle évoquant une matière spectrale de sonorités des 80s à la fois ludiques, familières et lointaines. La richesse de cet album, c’est de réussir à dompter ce magma cosmique issu d’univers sonores variés, parfois mélodiques, rythmiques, sensoriels, chimériques, industriels ou fauniques (cf. les sons mécaniques mélangés à ceux d’oiseaux et de mouches sur « Acts Of Magic », au bourdonnement morbide magnifié au début de « Memory Death »). Les diverses voix, utilisées comme en autant de récits mystico-spirituels, nous renvoient par leur mise en forme au sampling effervescent des années 1980-1990 ; et pour le plus grand plaisir des réfractaires aux standards vocaux actuels, les traitements abrasifs et tranchants sur « Age Of Capricorn », « Father And Son », « Naraka », « Blood In The Labyrinth » dans un esprit pop psyché, ou encore « The Word Becomes Flesh », évoquant le « Rockit » de Herbie Hancock, s’emploient à débroussailler les abords balisés de l’électroacoustique de façon résolument rétrofuturiste. Contrairement à des retours aigres-doux, voire parfois illusoires de cylindrés électro Brits tels que FSOL, The Prodigy ou The Chemical Brothers, les Boards of Canada continuent de se frayer une route unique pavée de surprises et de tensions extatiques, sans jamais renier pour autant leurs héritages musicaux.

Suivant l’orientation de ce prisme sonore complexe mais logiquement imbriqué dans un fascinant bazar d’ambient bruitiste intrinsèque, Inferno pourra évoquer des atmosphères à la Cocteau Twins (sur « Somewhere Right Now In The future » notamment), Synæsthesia, Aphex Twin, la musique traditionnelle indienne (avec entre autres emprunts, le son sporadique des tablas), des bandes-sons obscures sauvegardées sur VHS, des cauchemars SF (« Deep Time »), néo noirs ou lynchiens (« Into The Magic Land »), le tout passé au robot mixeur kraftwerkien en mode vaporage pour arriver à cette sauce hantologique écossaise diaboliquement unique. Comme l’illustre Inferno plutôt explicitement (« Naraka ») ou ironiquement (« Father And Son »), si l’enfer, le paradis ou d’autres mondes existent (« I saw Through Platonia »), ils ne sont certainement pas l’apanage d’une vision enfermée dans une conception étriquée de type « Arena Americanada », à la manière dont les productions musicales consommées aujourd’hui sont trop souvent réduites à une peau de chagrin dérisoire. À écouter en boucle pour se plonger dans une danse astrale, après avoir pris soin de débrancher sans scrupule et regret, ordis, réseaux sociaux et chatbots infernaux.




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