5 juin 2026 / Ah, un peu de musique anti-Trump ! se dit-on en lisant le titre du disque de Marisa Anderson. Allez, s’il vous plaît laissez-moi le chroniquer, ça a l’air dément ! Euh, oui oui Witold, pas de souci... Personne était sur le coup, tu peux y aller... Marisa qui déjà ?
Les disques de guitariste, c’est un truc particulier (croyez-moi, j’en ai commis un). Au final ça reste chiant de centrer un propos artistique sur une façon de jouer, comme un tutoriel sur rien. Perso je joue plutôt plus mal que pas mal de gens sur Terre (notamment de guitaristes), mais au-delà de ça, c’est le principe même de la limite instrumentale, ce fil rouge merdique, qui me semble bloquer. Ce qui sauve mon truc (je suis quand même pas là pour m’auto-pourrir), c’est qu’il n’y a pas que de la guitare et qu’au final j’oublie assez rapidement le postulat "disque de guitare", alors, bon, ça arrive à être moins chiant. Des fois. Je crois.
À part ça, le dernier album de guitare et de guitariste dont je me souvienne, c’est Requiem for What’s-his-name de Marc Ribot, un grand musicien à mon sens : pareillement, je kiffais le titre, la démarche artistique de son auteur m’intéressait, son style de jeu aussi, mais, le problème, une fois que tout cela est dit, mettez l’album en lecture et il ne se passe rien de plus intense qu’une suite de fonds sonores idéaux pour un message téléphonique. En voulant démontrer ses qualités de guitariste Marc Ribot démontrait son sens du titre et ses capacités géniales de collaborateur (de Tom Waits entre autres). Ca manquait de Tom et sans lui ça sonnait irrémédiablement creux, en somme. Mais au moins, restait quelque chose d’agressif et de mauvais poil qui rendait possible deux écoutes et un ricanement adolescent.
À l’inverse, ce disque est parfaitement dénué de cynisme et d’agressivité. Il est doux. Et partant, assez chiant quand même. Une fois que je pense à ce que je viens de dire, je ne peux m’empêcher de créer des messages téléphoniques pour chaque morceau, je reconnais que c’est vache de lancer ce jeu mais, bon, si comme moi vous ne ressentez rien de plus enthousiasmant à l’écoute de ce disque, ça vous fera passer le temps.
Il y a deux morceaux que je sortirais du lot, un qui m’évoque le "virelai" (ouep), Dame, à vous sans retollir issu de Remède de Fortune, ce disque formidable de chansons de Guillaume de Machaut par l’ensemble P. A. N., dont je vous recommande l’écoute : Zar, en plage 5, à essayer avec ce message : "Bienvenue dans le musée médiéval de Chlouville-en-Carthois." Ca marche à mort et c’est très beau. Le deuxième est Whistle song, qui clôt l’album et coupe la chique à mes persiflages en brodant de manière vraiment intéressante, rythmiquement et mélodiquement, sans virtuosité clinquante et (ben, tiens, les disques de guitaristes ne deviennent plus intéressants que quand ils oublient la guitare, CQFD), avec bien moins de guitare que pour le reste, sur un motif qui pour le coup évoque une tonalité de retour d’appel. En quelque sorte, par ce morceau, Marisa me raccrocherait-elle au nez ?